La Sphynxette.

Des textes d'heroïc-fantasy et de fantastique.

12 novembre 2007

Gyrm, Saison II, Episode V.

- Quoi ? s’horrifia l’archer. Quand est-ce arrivé ?

- Un peu après votre départ, renifla Naëlia. J’avais laissé Lylia s’amuser au milieu des choux, je l’ai quitté du regard quelques instants, et soudain elle avait disparu ! Je l’ai cherché partout, sans résultat…

Ses yeux remplis de larme se portèrent sur le bel Elfe à côté de Gyrm.

- Qui êtes-vous ? Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré… remarqua-t-elle.

On voyait clairement qu’elle le soupçonnait d’avoir pris part à l’enlèvement de sa fille, et qu‘elle avait la ferme intention de le lui faire avouer. Ses soupçons s’évanouirent quand l’Elfe en question ouvrit la bouche.

- Plonk, dit-il en secouant la tête.

- Oh, je vois…

La jeune Elfe prit une grande inspiration.

- Kalagan, que va-t-on faire ? Je suis désespérée…

- Raux-Orh va nous arranger ça ! s’exclama Gyrm avec un sourire réjoui.

Joignant le geste à la parole, il écrasa le pied de Plonk, lequel éternua :

- Atchoum !

Wouf se mit à sauter sur place, couinant de joie. On se rappelait enfin son nom ! Bientôt tous comprendrait qui il était vraiment ! Le nain le ramena à la raison d’un coup de pied sur la truffe, alors que Kalagan demandait :

- Plonk, il faudrait que tu reprennes ton apparence d’orc… c’est très important, s’il-te-plait, fais-le.

L’Elfe prit un air ennuyé.

- Mais Plonk pas savoir comment faire !

- Evidemment, c’est un problème, admit Gyrm. Essaie de dire ‘Plonk veut orc’, pour voir.

L’Elfe obéit, laissant traîner le ‘o’ de orc plus qu’il n’était nécessaire. La seconde suivante, un orage éclatait et des trombes d’eaux s’abattirent sur eux, les trempant de la tête aux pieds malgré les arbres plutôt imposants de la forêt elfique.

- Ca va pas être simple, se lamenta le nain une fois qu’ils furent à l’abri de l’averse. Quoique, s’il dit bière… (Ses yeux se mirent à briller de convoitise.)

- Gyrm, c’est déjà assez difficile comme ça, ne complique pas la situation ! le sermonna Kalagan. Ma chérie, j’ai peut-être une idée, dit-il en se tournant vers Naëlia. Tu m’as parlé une fois de l’oracle de la forêt… est-ce qu’il ne pourrait pas nous aider ?

Naëlia fronça les sourcils.

- Je ne sais pas… Ca fait des années que personne ne l’a plus consulté… ses prophéties sont toujours très…

- Elfiques ? suggéra Gyrm (ce qui bien sûr voulait dire tordues).

- Etranges, termina Naëlia.

- Mais nous n’avons pas tellement le choix, fit remarquer l’Humain.

- Alors allons-y ! dit le Nain avec entrain.

Quelques minutes plus tard, il se maudissait pour ses paroles. Allons-y, allons-y… C’était avant de savoir que ce soit-disant oracle habitait en haut du plus grand arbre de la forêt ! S’il regardait en bas, il allait tomber, c’était sûr ! Il s’accrocha aux barreaux de l’échelle de corde (de la corde elfique, en plus, on ne pouvait que douter de sa solidité !) et s’obstina à suivre Kalagan. Enfin, les pieds de Kalagan.

Il aurait donné n’importe quoi pour être resté en bas, avec l’orc et le chien, mais il ne pouvait pas l‘avouer, sinon on aurait pu penser qu‘il avait peur. Lui, peur ? Haha ! Ridicule ! (Bon dieu, ce que c’est haut…)

- Et voilà ! s’écria l’archer au  terme d’une escalade périlleuse d’une demi-heure. On est arrivés !

Ils se tenaient sur une petite plate-forme en forme de feuille (Gyrm ricana en avisant ce détail. C‘est vrai quoi, de quoi ils auraient l‘air, eux les nains, si leurs plancher avait la forme d‘une chope de bière ?), et devant eux se trouvait la porte de l‘antre de l‘oracle. Elle était en bois blanc, et recouverte d‘inscriptions elfiques toutes plus mystérieuses les unes que les autres.

- C’est quoi ? demanda le nain. Des prophéties ? Des avertissements comme quoi quiconque pénètre ici court un grave danger ?

- Euh, non… ce sont… euh… ses tarifs, déchiffra Kalagan qui lisait maintenant parfaitement l‘elfique.

- Peuh ! commenta Gyrm.

Il avança la main pour frapper, mais la porte s’ouvrit avant qu’il n’en ait eu le temps. Il ne put s’empêcher de sursauter. Face à eux se tenait une très vieille femme, manifestement une Elfe - mais Gyrm avait des doutes car elle faisait la même taille que lui. Elle était entièrement vêtue d’ailes de corbeaux, apparemment arrachés à leurs propriétaires il y avait belle lurette (certaines perdaient leurs plumes), et portait un chapeau qui rappela à Gyrm la fois où il s’était assis sur un lapin par mégarde.

- Entrez, entrez, dit-elle avec un sourire édenté, je vous attendais…

Impressionné malgré lui, Gyrm obtempéra. Kalagan voulut le suivre, mais la vieille Elfe secoua la tête.

- Je suis désolée, messire l’archer, je n’accepte qu’un client par siècle. Attendez donc votre tour.

- Quoi ? s’indigna Kalagan. Mais enfin, il s’agit de ma fille !

- Je sais, répliqua l’oracle d’un ton qui n’admettait justement aucune réplique.

- T’inquiètes, lança le nain depuis l’intérieur, je vais lui arracher tous les renseignements possibles ! (Genre, où se trouve la plus grande réserve de bière du monde, et comment humilier un Elfe à coup sûr, pensa le nain pour lui-même.)

- Très bien, fit l’archer en se résignant. Je t’attends ici.

La porte se referma et Gyrm se retrouva seule avec l’oracle. La pièce était sombre, et particulièrement petite, remarqua le nain. Par ailleurs, une vague odeur de bière flottait dans l’air, ce qui n’était pas désagréable.

La vieille Elfe retourna s’asseoir derrière ce qui lui tenait lieu de bureau (un genre de tronc d’arbre sur lequel était posé toutes sortes d’objets : des cristaux qui luisaient dans l’ombre, des têtes miniatures de la plupart des espèces connues d’oiseaux, des queues de renard desséchées, des bouts de miroirs brisés, des statuettes de bois à moitié rongées par les souris, et quelques bougies qui fournissaient toute la lumière.) 

- Alors, fit le nain en prenant une chaise pour faire face à l’oracle. On va avoir beaucoup de choses à s’dire !

L’Elfe eut une moue amusée.

- Une seule question, vous pouvez poser.

- Hein ? C’quoi c’tt’arnaque ? se révolta Gyrm.

- Le règlement, je me dois de respecter.

- Le règlement impose aussi de parler à l’envers ?

Un hochement de tête affirmatif confirma ses soupçons. Bin voyons ! Pourquoi avait-il pensé que tout serait simple ! Une Elfe restait une Elfe, même moche et vieille. Bon, il avait droit à une question. Son estomac lui commandait de choisir la bière, mais son cerveau savait que Kalagan ne lui pardonnerait jamais. Et puis, il avait une histoire à raconter à Lylia, celle du sauvetage de ses parents, afin qu’elle puisse la transmettre à ses enfants, et qu’il devienne ainsi un héros parmi les Elfes ! 

Il n’hésita pas longtemps (à peine quelques minutes). Il passa ensuite un quart d’heure à trouver une formulation qui oblige l’oracle à lui fournir le plus d’informations possibles (parce qu‘il les connaissait, ces Elfes, tous les mêmes !), et se lança :

- J’veux savoir où s’trouve exactement et précisément Lylia, la fille de Kalagan et Naëlia !

- Dans les entrailles du Château informe, l’enfant de la prophétie se trouve, murmura l‘Elfe d‘une voix mystérieuse (copyright oracle).

- Quoi ? J’ai dit Lylia, j’pas parlé d’prophétie ! s’énerva le nain. Vous pouvez pas être claire pour une fois ? Et puis c’est où ce Château informe d‘abord ?

- La réponse à la question tu as obtenu. T’en dire plus je peux cependant, si le prochain voyageur rencontré sur le chemin dans ton équipe tu acceptes de prendre.

- C’est d’accord ! s’exclama le nain.

Ca ne lui semblait pas être un prix trop lourd à payer (enfin du moment qu‘il ne tombait pas sur le frère de Plonk), et de toutes façons il n’était pas obligé d’obéir (ce ne serait pas la première fois qu‘il roulerait une Elfe !).

- En aucun cas le Guerrier Rose l’Enfant de la Prophétie ne doit toucher, continua l’oracle.

- Et ? espéra Gyrm.

- C’est tout.

- J’aurais dû m’en douter !

Comme l’Elfe ne faisait pas mine de bouger, Gyrm se leva, bien décidé à claquer la porte en sortant, mais alors qu'il attrapait la poignée, l'oracle parla de nouveau :

- Ce sera un voleur.

Gyrm se retourna, complètement perdu.

- Hein ?

L'Elfe lui rendit son regard d'une façon impassible, sans rien ajouter. Excédé par son comportement, Gyrm sortit en claquant la porte si fort que tout l'arbre en trembla. Non mais !

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02 novembre 2007

Gyrm, Saison II, Epidose IV.

Cette fois, ils étaient de retour sur la terre ferme - toujours rose, au demeurant, mais on ne pouvait pas tout avoir. Gyrm en profita pour rajuster son pantalon et prendre une pose plus avantageuse.

- Bon, il se passe quoi, encore ? se plaignit-il la seconde suivante.

- Euh… balbutia Raux-Orh. Je suis désolé, Seigneur, je sais que j’ai commis une erreur, je vous en prie, soyez indulgent envers votre serviteur…

A l’instant où le nain allait s’exclamer : Bah, c’est rien, ça n’en fait qu’une de plus !, une voix terriblement aiguë lui vrilla les tympans :

- Et quelle erreur ! Pauvre petit misérable, te rends-tu compte de ce que tu as laissé faire ?

Gyrm se retourna, pensant avoir affaire à un(e) Elfe, ou une créature dans le même genre. Raté. Un immense démon tout en plis et en graisse les observait d’un œil furieux depuis un trône d’ossements. Plonk émit un râle d’envie devant ce si bel accomplissement (il rêvait en secret de devenir le premier orc obèse et ne désespérait pas d’y arriver). Wouf poussa un pitoyable gémissement.

Le démon releva un sourcil.

- Tiens, ne serait-ce pas un de mes admirateurs ? L’empereur Tchoum, si j’ai bonne mémoire… Amusant déguisement… Mais peu importe, là n’est pas la question ! se reprit-il avec véhémence alors que Wouf pleurnichait de désespoir (personne ne s‘intéressait donc à lui ? Il était pourtant le vrai héros de cette aventure !).

- Cette erreur… releva Kalagan (qui avait fini de s’inspecter pour vérifier qu’il était bien en un seul morceau), c’est si grave que ça ?

- Elle remet en question tout l’ordre cosmique ! s’indigna le démon rose sur un ton dramatique (quelque peu gâché par le timbre de sa voix, cependant). Rendez-vous compte, un dieu orc ! Les orcs ne sont pas fait pour ça ! Ce sont des guerriers, des combattants, des… Bref ! couina le démon en s‘apercevant qu‘on pouvait difficilement trouver plus de deux termes pour qualifier les orcs. C’est une véritable catastrophe !

- Attendez… fit Gyrm en fronçant les sourcils, c’quoi cette histoire de dieu orc ?

- Personne en dehors des Génies n’est censé connaître cette règle ! se lamenta le démon. Quand un mortel mange une âme, il devient l’égal d’un dieu ! Comment cet orc pouvait-il le savoir ?

La question s’adressait apparemment à Raux-Orh, mais ce fut Gyrm qui répondit :

- Il l’savait pas ! J’crois qu’il avait juste faim. Mais dites nous en plus sur ce statut de dieu…

Le nain jeta un coup d’œil à Plonk qui dodelinait de la tête en marmonnant quelque chose d’incompréhensible. Il ne voyait pourtant rien de différent chez l‘orc…

- Vous en savez déjà trop, contra le démon rose, et il gratifia Raux-Orh d’un regard sévère, lequel se recroquevilla littéralement.

- Est-ce que Plonk possède des pouvoirs maintenant ? tenta Kalagan. Est-ce qu’il peut faire les mêmes choses qu’un Génie ?

- Mais non ! s’énerva le démon. Enfin, si, mais pas comme vous l’entendez…

- Nous aussi on peut devenir des dieux ? s’informa Gyrm. Vous faites des promotions en ce moment ?

- Ne soyez pas ridicules ! s’emporta Rose-bonbon dans un couinement alors que Gyrm songeait qu‘il était très mal placé pour dire ça.

- Enfin, vous voyez bien que Plonk est un orc, plaida Kalagan. Il n’a pas l’intelligence nécessaire pour être… un dieu… ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs.

-  Z’avez pas un manuel pour les nouveaux ? Genre : comment gérer sa divinité en dix leçons ?

Le démon prit un air pensif.

- Mmh, c’est possible… Je ne me souviens plus exactement, ça fait tellement longtemps que j’ai été admis à ce rang…

- Faites un effort ! dit Kalagan en frappant dans ses mains.

Après une longue minute de réflexion, le démon annonça :

- Il y avait quelque chose comme… trois règles d’or…

- Oui ? l’encouragea l’archer.

- Premièrement… ne pas changer sa zarbuk pour une prétorial.

- Bien sûr, c’est évident, lança Gyrm alors que le démon poursuivait :

- Deuxièmement… éviter toute confrontation avec un autre dieu.

- J’pense pas qu’il y ait de risques de ce côté-là… on rencontre pas des dieux tous les jours.

- Et enfin… termina Rose-bonbon, il y a un mot à ne jamais prononcer… mais lequel est-ce ? Je ne sais plus…

- Comment ça vous savez plus ? Un dieu qui a un trou de mémoire ? Haha, ri-di-cule !

Kalagan lança au nain un regard sévère.

- Gyrm, laisse-le réfléchir.

- Bah, inutile ! Ca doit être le dieu d’la graisse, et son cerveau a disparu d’dans depuis longtemps !

- Ca suffit ! postillonna le démon rageusement. Raux-Orh, emmène les loin d’ici, et que je ne te vois plus sur mon territoire ! Tu es banni des Enfers Dévastés ! Maintenant, hors de ma vue !

- Bien Seigneur, obtempéra l’Effrit, couvrant les exclamations de Gyrm qui insultait copieusement le démon.

- Sale face de bonbon rose ! hurla-t-il un instant plus tard à la face d’un Elfe, lequel prit une expression indigné et répondit par un geste vulgaire que je ne décrirais pas ici. Oh, zut, ajouta le nain quand il s’aperçut qu’ils étaient de retour dans la forêt.

Kalagan s’approcha de Plonk tout doucement et lui demanda :

- Tout va bien, Plonk ? Tu ne ressens rien d’inhabituel ?

L’orc fit la moue et se gratta le ventre.

- J’ai faim.

- C’normal ça, grogna Gyrm, déçu de ne pas être devenu un dieu (il le méritait plus que Plonk en plus !). Ptet que c’était une blague de Rose bonbon après tout ! ajouta-t-il avec espoir. N’est-ce pas Raux-Orh ?

Silence.

- Raux-Orh ?

Gyrm se tourna dans tout les sens, mais il ne vit nulle trace de bleu fluo. L’Effrit avait apparemment décidé qu’il était temps d’aller voir ailleurs.

- Grrrmbl, conclut le nain.

- Plonk voudrait un Elfe, lança l’orc d’une voix traînante (cette phrase étant bien sûr l’aboutissement du J’ai faim prononcé une minute plus tôt).

Un nuage de vapeur vert caca d’oie entoura soudain l’orc, le cachant aux regards, et lorsqu’il se dissipa, il révéla… un Elfe. Un Elfe aux traits altiers, à l’allure noble, à la chevelure scintillante… un Elfe, quoi. Sauf que…

- Plonk, dit l’Elfe.

Gyrm roula des yeux, affolé. Un orc dans le corps d’un Elfe ! Si être un mangeur de salade était le prix à payer pour être un dieu, il était content de ne pas en être un, finalement.

- Mmh… fit Kalagan en se grattant le menton. On dirait que les pouvoirs d’un dieu ne sont pas si faciles à contrôler.

- Plonk sentir bon maintenant ! s’enthousiasma l’orc.

- Tout dépend du point de vue, répliqua Gyrm. Je te préférai vert et puant, au moins c’était une puanteur honnête, si tu vois ce que je veux dire.

Plonk s’examina de la tête aux pieds et fit un large sourire au nain.

- Plonk rester comme ça !

- Vous êtes revenus !

Naëlia courait vers eux, apparemment soulagée de les voir. Gyrm plissa les yeux. Son sixième sens de nain (enfin, septième sens, le sixième consiste à détecter la bière à dix kilomètres à la ronde) l’avertissait qu’une autre catastrophe allait encore lui tomber dessus.

- Oh, Kalagan ! sanglota l’Elfe en se jetant dans les bras de l’archer. C’est horrible !

Toutes nos réserves de légumes ont disparu, termina le nain dans sa tête.

- On a enlevé Lylia !

Ah non, raté.




Posté par Elfae à 16:11 - Gyrm, le nain. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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