La Sphynxette.

Des textes d'heroïc-fantasy et de fantastique.

05 avril 2008

Gyrm, Saison II, Episode VI.

- Alors alors ? le pressa Kalagan (au sens figuré, hein. Non mais je précise…).

- Bah, c'est une Elfe, hein, précisa Gyrm au cas où Kalagan l'aurait oublié. Elle a fait que baragouiner des trucs qui n'ont pas le moindre sens. Elle a parlé d'un Château... euh... informe, et de l'enfant de la prophétie. D'ailleurs il faut pas qu'il rencontre le Guerrier Rose, t'comprends quelque chose toi ?

Kalagan poussa un soupir de désespoir.

- Ca doit forcément avoir un sens ! s'emporta-t-il. 

- On ferait mieux d'aller en parler à Naëlia, proposa Gyrm. S'y a quelqu'un qui peut comprendre les trucs des Elfes, c'est bien une Elfe !

Kalagan ne put qu'en convenir. Ils allèrent donc trouver Naëlia et lui rapportèrent les paroles de l'oracle.

- L'enfant de la prophétie, ça ne peut être que Lylia, déclara l'Elfe d'une voix rêveuse. Ma fille est exceptionnelle...

Gyrm se racla bruyamment la gorge.

- Tu as raison, ma chérie, s'empressa de dire Kalagan. Mais que penser du Château informe ?

- Hé bien c'est un château qui n'a pas de forme, voilà tout, résolut l'elfe.

- Wouah, pourquoi on n'y a pas pensé avant ? s'étonna Gyrm d'un air faussement ébahi.

Il s'apprêtait à en rajouter mais se tut brusquement, se rappelant que mettre Naëlia en colère était tout sauf une bonne idée.

- Comment est-ce qu'on va faire pour la retrouver ? se lamenta Kalagan. On ne sait même pas par où commencer !

- Une minute, intervint Naëlia. A la réflexion, cette histoire de Château informe m'est familière. Attendez-moi, je reviens.

Et elle s'éloigna en direction du coeur du village.

- Quoi oracle avoir dit ? demanda Plonk en les rejoignant.

Gyrm eut peur durant un instant - si l'orc s'intéressait à des trucs d'Elfes, peut-être que sa nouvelle apparence commençait à déteindre sur son esprit -, mais Plonk se cura le nez avec application la seconde suivante, et enfourna le résultat de ses recherches dans sa bouche, ce qui rassura le nain sur sa santé mentale. Kalagan lui résuma le contenu des dires de l'oracle, y ajoutant ses propres observations. 

- ... et si c'était moi qui s'était trouvé en face de cette vieille pie, je lui aurais fait craché tout ce qu'elle savait !

Plonk hochait la tête de temps à autre, ponctuant parfois d'un Plonk ! les remarques de l'archer. Wouf n'était pas en reste et grognait en cadence, faisant écho à son maître. Naëlia revint enfin, juste au moment où Gyrm pensait qu'il allait devenir fou s'il entendait un Plonk de plus.

- J'ai trouvé ! s'exclama-t-elle, l'espoir brillant dans ses yeux. Regardez, indiqua-t-elle en déroulant sous leurs nez un vieux parchemin moisi, le Château informe est mentionné deux fois, ici et ici !

- Mais oui, tu as raison ! s'enthousiasma Kalagan en parcourant des yeux le parchemin.

Plonk laissa échapper un Plonk sonore, témoignant de son incompréhension, alors que Gyrm grommelait :

- S't'écrit en elfique, j'pige rien moi.

- Le Château informe, au fond de la baie, sera le lieu de toutes les conjonctions... traduisit Kalagan. Et plus loin : lorsque la lune aura disparu, le Guerrier Rose et l'enfant de la prophétie s'affronteront dans les entrailles du Château informe...

- Lylia va affronter un guerrier ? s'inquiéta Naëlia, qui ne s'était intéressé qu'au Château lors de sa première lecture.

- Bah, s'il est rose, y sera pas bien difficile à battre, la rassura Gyrm. Sans doute un Elfe !

Curieusement, ses paroles n'obtinrent pas l'effet désiré : Naëlia avait maintenant l'air épouvantée. Mais pas autant que Kalagan qui avait atteint la fin du parchemin, lisant à une cadence de nain enfournant des bières à la taverne.

- Oh mon dieu ! s'horrifia-t-il. Où as-tu trouvé ce parchemin ?

- Il était dans notre coffre, il passe de génération en génération dans notre famille depuis des lustres, répondit l'Elfe. Pourquoi ?

- Tu ne l'as jamais lu, pas vrai ?

La peau de l'Elfe prit une légère teinte rosée.

- Non, avoua-t-elle. Que raconte-t-il ? C'est important ?

- Il annonce la Fin du Monde ! révéla Kalagan, et on entendait très bien les majuscules dans sa voix.

- Rien que ça ? se moqua le nain. J'pense qu'on pourra survivre alors.

- Kalagan faim ? grogna Plonk qui n'avait rien compris (comme toujours, hum).

- La Fin du Monde ? répéta Naëlia, ce qui augmenta encore la confusion de Plonk (- Na'lia aussi faim ???).

- Le combat de l'enfant de la prophétie contre le Guerrier Rose scellera l'accomplissement de la prédiction de Jhyvouarien, cita l'archer, et le monde disparaîtra, laissant place au Néant.

- C'est terrible... murmura Naëlia d'une voix blanche. La Fin du Monde...

- Hé, c'est des trucs elfiques tout ça, releva Gyrm. Une fois sur deux, c'est du baratin !

- Il suffirait que ce soit la mauvaise fois, laissa tomber Kalagan d'un air découragé.

Gyrm haussa les épaules.

- Moi aussi j'peux faire des prédictions, c'est pas parce que tu dis une chose qu'elle va forcément se réaliser ! Tiens, regarde... je prédis que... hum... des chaussettes vont me tomber sur la tête !

- Chausseeeeeettes ? fit Plonk en se grattant la tête.

Shplaf ! Une paire de chaussettes sortie de nulle part atterrit sur la tête du nain. Il y eut un silence. Un très long silence.

- Oui, bon, ça marche pas à tout les coups, hein ! s'énerva Gyrm - en plus c'étaient des chaussettes sales. Et puis, tu veux faire quoi contre la fin du monde ? Moi j'dis, on va chercher Lylia au Château informe, on met la pâtée au Guerrier Rose, et on rentre à la maison, vite fait bien fait !

- Plonk d'accord, grogna l'orc.

- Wouf wouf. (aboya Wouf - je précise au cas où vous suivez pas du tout)

- J'imagine qu'on peut faire ça, admit Kalagan.

- Quoi que vous rencontriez, promettez moi de ne pas laisser Lylia se battre, supplia Naëlia. Ce n'est encore qu'une enfant, elle n'est pas de taille contre un guerrier... même rose, ajouta-t-elle en voyant que Gyrm allait protester.

- C'est promis, ma chérie, lui assura Kalagan. J'affronterai moi-même ce Guerrier Rose s'il le faut.

- Si c'est un Elfe, l'est à moi ! le prévint Gyrm avec hargne - qu'il essaye de lui piquer son gibier, pour voir.

- Il est dit que le Château est au fond de la baie, remarqua Kalagan, je ne vois que la Baie des Six Trouilles qui correspondent. En plus, c'est un endroit très connu.

- Ha ouais, se rappela Gyrm, une fois j'ai été là-bas, et bah j'ai même pas eu peur !

- Hum, fit l'archer sans exprimer totalement ses doutes.

- Je ne vois que cette possibilité, acquiesça Naëlia alors que Plonk réagissait :

- Citrouilles ?

Gyrm prit l'orc à part pour lui expliquer que la Baie des Six Trouilles n'avait rien à voir avec des légumes, tandis que Kalagan faisait d'héroïques adieux à sa femme (si vous n'avez pas compris, je ne peux rien faire pour vous). Puis l'archer rejoignit le nain et l'orc, et ils repartirent une fois de plus au devant des ennuis.   

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12 novembre 2007

Gyrm, Saison II, Episode V.

- Quoi ? s’horrifia l’archer. Quand est-ce arrivé ?

- Un peu après votre départ, renifla Naëlia. J’avais laissé Lylia s’amuser au milieu des choux, je l’ai quitté du regard quelques instants, et soudain elle avait disparu ! Je l’ai cherché partout, sans résultat…

Ses yeux remplis de larme se portèrent sur le bel Elfe à côté de Gyrm.

- Qui êtes-vous ? Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré… remarqua-t-elle.

On voyait clairement qu’elle le soupçonnait d’avoir pris part à l’enlèvement de sa fille, et qu‘elle avait la ferme intention de le lui faire avouer. Ses soupçons s’évanouirent quand l’Elfe en question ouvrit la bouche.

- Plonk, dit-il en secouant la tête.

- Oh, je vois…

La jeune Elfe prit une grande inspiration.

- Kalagan, que va-t-on faire ? Je suis désespérée…

- Raux-Orh va nous arranger ça ! s’exclama Gyrm avec un sourire réjoui.

Joignant le geste à la parole, il écrasa le pied de Plonk, lequel éternua :

- Atchoum !

Wouf se mit à sauter sur place, couinant de joie. On se rappelait enfin son nom ! Bientôt tous comprendrait qui il était vraiment ! Le nain le ramena à la raison d’un coup de pied sur la truffe, alors que Kalagan demandait :

- Plonk, il faudrait que tu reprennes ton apparence d’orc… c’est très important, s’il-te-plait, fais-le.

L’Elfe prit un air ennuyé.

- Mais Plonk pas savoir comment faire !

- Evidemment, c’est un problème, admit Gyrm. Essaie de dire ‘Plonk veut orc’, pour voir.

L’Elfe obéit, laissant traîner le ‘o’ de orc plus qu’il n’était nécessaire. La seconde suivante, un orage éclatait et des trombes d’eaux s’abattirent sur eux, les trempant de la tête aux pieds malgré les arbres plutôt imposants de la forêt elfique.

- Ca va pas être simple, se lamenta le nain une fois qu’ils furent à l’abri de l’averse. Quoique, s’il dit bière… (Ses yeux se mirent à briller de convoitise.)

- Gyrm, c’est déjà assez difficile comme ça, ne complique pas la situation ! le sermonna Kalagan. Ma chérie, j’ai peut-être une idée, dit-il en se tournant vers Naëlia. Tu m’as parlé une fois de l’oracle de la forêt… est-ce qu’il ne pourrait pas nous aider ?

Naëlia fronça les sourcils.

- Je ne sais pas… Ca fait des années que personne ne l’a plus consulté… ses prophéties sont toujours très…

- Elfiques ? suggéra Gyrm (ce qui bien sûr voulait dire tordues).

- Etranges, termina Naëlia.

- Mais nous n’avons pas tellement le choix, fit remarquer l’Humain.

- Alors allons-y ! dit le Nain avec entrain.

Quelques minutes plus tard, il se maudissait pour ses paroles. Allons-y, allons-y… C’était avant de savoir que ce soit-disant oracle habitait en haut du plus grand arbre de la forêt ! S’il regardait en bas, il allait tomber, c’était sûr ! Il s’accrocha aux barreaux de l’échelle de corde (de la corde elfique, en plus, on ne pouvait que douter de sa solidité !) et s’obstina à suivre Kalagan. Enfin, les pieds de Kalagan.

Il aurait donné n’importe quoi pour être resté en bas, avec l’orc et le chien, mais il ne pouvait pas l‘avouer, sinon on aurait pu penser qu‘il avait peur. Lui, peur ? Haha ! Ridicule ! (Bon dieu, ce que c’est haut…)

- Et voilà ! s’écria l’archer au  terme d’une escalade périlleuse d’une demi-heure. On est arrivés !

Ils se tenaient sur une petite plate-forme en forme de feuille (Gyrm ricana en avisant ce détail. C‘est vrai quoi, de quoi ils auraient l‘air, eux les nains, si leurs plancher avait la forme d‘une chope de bière ?), et devant eux se trouvait la porte de l‘antre de l‘oracle. Elle était en bois blanc, et recouverte d‘inscriptions elfiques toutes plus mystérieuses les unes que les autres.

- C’est quoi ? demanda le nain. Des prophéties ? Des avertissements comme quoi quiconque pénètre ici court un grave danger ?

- Euh, non… ce sont… euh… ses tarifs, déchiffra Kalagan qui lisait maintenant parfaitement l‘elfique.

- Peuh ! commenta Gyrm.

Il avança la main pour frapper, mais la porte s’ouvrit avant qu’il n’en ait eu le temps. Il ne put s’empêcher de sursauter. Face à eux se tenait une très vieille femme, manifestement une Elfe - mais Gyrm avait des doutes car elle faisait la même taille que lui. Elle était entièrement vêtue d’ailes de corbeaux, apparemment arrachés à leurs propriétaires il y avait belle lurette (certaines perdaient leurs plumes), et portait un chapeau qui rappela à Gyrm la fois où il s’était assis sur un lapin par mégarde.

- Entrez, entrez, dit-elle avec un sourire édenté, je vous attendais…

Impressionné malgré lui, Gyrm obtempéra. Kalagan voulut le suivre, mais la vieille Elfe secoua la tête.

- Je suis désolée, messire l’archer, je n’accepte qu’un client par siècle. Attendez donc votre tour.

- Quoi ? s’indigna Kalagan. Mais enfin, il s’agit de ma fille !

- Je sais, répliqua l’oracle d’un ton qui n’admettait justement aucune réplique.

- T’inquiètes, lança le nain depuis l’intérieur, je vais lui arracher tous les renseignements possibles ! (Genre, où se trouve la plus grande réserve de bière du monde, et comment humilier un Elfe à coup sûr, pensa le nain pour lui-même.)

- Très bien, fit l’archer en se résignant. Je t’attends ici.

La porte se referma et Gyrm se retrouva seule avec l’oracle. La pièce était sombre, et particulièrement petite, remarqua le nain. Par ailleurs, une vague odeur de bière flottait dans l’air, ce qui n’était pas désagréable.

La vieille Elfe retourna s’asseoir derrière ce qui lui tenait lieu de bureau (un genre de tronc d’arbre sur lequel était posé toutes sortes d’objets : des cristaux qui luisaient dans l’ombre, des têtes miniatures de la plupart des espèces connues d’oiseaux, des queues de renard desséchées, des bouts de miroirs brisés, des statuettes de bois à moitié rongées par les souris, et quelques bougies qui fournissaient toute la lumière.) 

- Alors, fit le nain en prenant une chaise pour faire face à l’oracle. On va avoir beaucoup de choses à s’dire !

L’Elfe eut une moue amusée.

- Une seule question, vous pouvez poser.

- Hein ? C’quoi c’tt’arnaque ? se révolta Gyrm.

- Le règlement, je me dois de respecter.

- Le règlement impose aussi de parler à l’envers ?

Un hochement de tête affirmatif confirma ses soupçons. Bin voyons ! Pourquoi avait-il pensé que tout serait simple ! Une Elfe restait une Elfe, même moche et vieille. Bon, il avait droit à une question. Son estomac lui commandait de choisir la bière, mais son cerveau savait que Kalagan ne lui pardonnerait jamais. Et puis, il avait une histoire à raconter à Lylia, celle du sauvetage de ses parents, afin qu’elle puisse la transmettre à ses enfants, et qu’il devienne ainsi un héros parmi les Elfes ! 

Il n’hésita pas longtemps (à peine quelques minutes). Il passa ensuite un quart d’heure à trouver une formulation qui oblige l’oracle à lui fournir le plus d’informations possibles (parce qu‘il les connaissait, ces Elfes, tous les mêmes !), et se lança :

- J’veux savoir où s’trouve exactement et précisément Lylia, la fille de Kalagan et Naëlia !

- Dans les entrailles du Château informe, l’enfant de la prophétie se trouve, murmura l‘Elfe d‘une voix mystérieuse (copyright oracle).

- Quoi ? J’ai dit Lylia, j’pas parlé d’prophétie ! s’énerva le nain. Vous pouvez pas être claire pour une fois ? Et puis c’est où ce Château informe d‘abord ?

- La réponse à la question tu as obtenu. T’en dire plus je peux cependant, si le prochain voyageur rencontré sur le chemin dans ton équipe tu acceptes de prendre.

- C’est d’accord ! s’exclama le nain.

Ca ne lui semblait pas être un prix trop lourd à payer (enfin du moment qu‘il ne tombait pas sur le frère de Plonk), et de toutes façons il n’était pas obligé d’obéir (ce ne serait pas la première fois qu‘il roulerait une Elfe !).

- En aucun cas le Guerrier Rose l’Enfant de la Prophétie ne doit toucher, continua l’oracle.

- Et ? espéra Gyrm.

- C’est tout.

- J’aurais dû m’en douter !

Comme l’Elfe ne faisait pas mine de bouger, Gyrm se leva, bien décidé à claquer la porte en sortant, mais alors qu'il attrapait la poignée, l'oracle parla de nouveau :

- Ce sera un voleur.

Gyrm se retourna, complètement perdu.

- Hein ?

L'Elfe lui rendit son regard d'une façon impassible, sans rien ajouter. Excédé par son comportement, Gyrm sortit en claquant la porte si fort que tout l'arbre en trembla. Non mais !

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02 novembre 2007

Gyrm, Saison II, Epidose IV.

Cette fois, ils étaient de retour sur la terre ferme - toujours rose, au demeurant, mais on ne pouvait pas tout avoir. Gyrm en profita pour rajuster son pantalon et prendre une pose plus avantageuse.

- Bon, il se passe quoi, encore ? se plaignit-il la seconde suivante.

- Euh… balbutia Raux-Orh. Je suis désolé, Seigneur, je sais que j’ai commis une erreur, je vous en prie, soyez indulgent envers votre serviteur…

A l’instant où le nain allait s’exclamer : Bah, c’est rien, ça n’en fait qu’une de plus !, une voix terriblement aiguë lui vrilla les tympans :

- Et quelle erreur ! Pauvre petit misérable, te rends-tu compte de ce que tu as laissé faire ?

Gyrm se retourna, pensant avoir affaire à un(e) Elfe, ou une créature dans le même genre. Raté. Un immense démon tout en plis et en graisse les observait d’un œil furieux depuis un trône d’ossements. Plonk émit un râle d’envie devant ce si bel accomplissement (il rêvait en secret de devenir le premier orc obèse et ne désespérait pas d’y arriver). Wouf poussa un pitoyable gémissement.

Le démon releva un sourcil.

- Tiens, ne serait-ce pas un de mes admirateurs ? L’empereur Tchoum, si j’ai bonne mémoire… Amusant déguisement… Mais peu importe, là n’est pas la question ! se reprit-il avec véhémence alors que Wouf pleurnichait de désespoir (personne ne s‘intéressait donc à lui ? Il était pourtant le vrai héros de cette aventure !).

- Cette erreur… releva Kalagan (qui avait fini de s’inspecter pour vérifier qu’il était bien en un seul morceau), c’est si grave que ça ?

- Elle remet en question tout l’ordre cosmique ! s’indigna le démon rose sur un ton dramatique (quelque peu gâché par le timbre de sa voix, cependant). Rendez-vous compte, un dieu orc ! Les orcs ne sont pas fait pour ça ! Ce sont des guerriers, des combattants, des… Bref ! couina le démon en s‘apercevant qu‘on pouvait difficilement trouver plus de deux termes pour qualifier les orcs. C’est une véritable catastrophe !

- Attendez… fit Gyrm en fronçant les sourcils, c’quoi cette histoire de dieu orc ?

- Personne en dehors des Génies n’est censé connaître cette règle ! se lamenta le démon. Quand un mortel mange une âme, il devient l’égal d’un dieu ! Comment cet orc pouvait-il le savoir ?

La question s’adressait apparemment à Raux-Orh, mais ce fut Gyrm qui répondit :

- Il l’savait pas ! J’crois qu’il avait juste faim. Mais dites nous en plus sur ce statut de dieu…

Le nain jeta un coup d’œil à Plonk qui dodelinait de la tête en marmonnant quelque chose d’incompréhensible. Il ne voyait pourtant rien de différent chez l‘orc…

- Vous en savez déjà trop, contra le démon rose, et il gratifia Raux-Orh d’un regard sévère, lequel se recroquevilla littéralement.

- Est-ce que Plonk possède des pouvoirs maintenant ? tenta Kalagan. Est-ce qu’il peut faire les mêmes choses qu’un Génie ?

- Mais non ! s’énerva le démon. Enfin, si, mais pas comme vous l’entendez…

- Nous aussi on peut devenir des dieux ? s’informa Gyrm. Vous faites des promotions en ce moment ?

- Ne soyez pas ridicules ! s’emporta Rose-bonbon dans un couinement alors que Gyrm songeait qu‘il était très mal placé pour dire ça.

- Enfin, vous voyez bien que Plonk est un orc, plaida Kalagan. Il n’a pas l’intelligence nécessaire pour être… un dieu… ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs.

-  Z’avez pas un manuel pour les nouveaux ? Genre : comment gérer sa divinité en dix leçons ?

Le démon prit un air pensif.

- Mmh, c’est possible… Je ne me souviens plus exactement, ça fait tellement longtemps que j’ai été admis à ce rang…

- Faites un effort ! dit Kalagan en frappant dans ses mains.

Après une longue minute de réflexion, le démon annonça :

- Il y avait quelque chose comme… trois règles d’or…

- Oui ? l’encouragea l’archer.

- Premièrement… ne pas changer sa zarbuk pour une prétorial.

- Bien sûr, c’est évident, lança Gyrm alors que le démon poursuivait :

- Deuxièmement… éviter toute confrontation avec un autre dieu.

- J’pense pas qu’il y ait de risques de ce côté-là… on rencontre pas des dieux tous les jours.

- Et enfin… termina Rose-bonbon, il y a un mot à ne jamais prononcer… mais lequel est-ce ? Je ne sais plus…

- Comment ça vous savez plus ? Un dieu qui a un trou de mémoire ? Haha, ri-di-cule !

Kalagan lança au nain un regard sévère.

- Gyrm, laisse-le réfléchir.

- Bah, inutile ! Ca doit être le dieu d’la graisse, et son cerveau a disparu d’dans depuis longtemps !

- Ca suffit ! postillonna le démon rageusement. Raux-Orh, emmène les loin d’ici, et que je ne te vois plus sur mon territoire ! Tu es banni des Enfers Dévastés ! Maintenant, hors de ma vue !

- Bien Seigneur, obtempéra l’Effrit, couvrant les exclamations de Gyrm qui insultait copieusement le démon.

- Sale face de bonbon rose ! hurla-t-il un instant plus tard à la face d’un Elfe, lequel prit une expression indigné et répondit par un geste vulgaire que je ne décrirais pas ici. Oh, zut, ajouta le nain quand il s’aperçut qu’ils étaient de retour dans la forêt.

Kalagan s’approcha de Plonk tout doucement et lui demanda :

- Tout va bien, Plonk ? Tu ne ressens rien d’inhabituel ?

L’orc fit la moue et se gratta le ventre.

- J’ai faim.

- C’normal ça, grogna Gyrm, déçu de ne pas être devenu un dieu (il le méritait plus que Plonk en plus !). Ptet que c’était une blague de Rose bonbon après tout ! ajouta-t-il avec espoir. N’est-ce pas Raux-Orh ?

Silence.

- Raux-Orh ?

Gyrm se tourna dans tout les sens, mais il ne vit nulle trace de bleu fluo. L’Effrit avait apparemment décidé qu’il était temps d’aller voir ailleurs.

- Grrrmbl, conclut le nain.

- Plonk voudrait un Elfe, lança l’orc d’une voix traînante (cette phrase étant bien sûr l’aboutissement du J’ai faim prononcé une minute plus tôt).

Un nuage de vapeur vert caca d’oie entoura soudain l’orc, le cachant aux regards, et lorsqu’il se dissipa, il révéla… un Elfe. Un Elfe aux traits altiers, à l’allure noble, à la chevelure scintillante… un Elfe, quoi. Sauf que…

- Plonk, dit l’Elfe.

Gyrm roula des yeux, affolé. Un orc dans le corps d’un Elfe ! Si être un mangeur de salade était le prix à payer pour être un dieu, il était content de ne pas en être un, finalement.

- Mmh… fit Kalagan en se grattant le menton. On dirait que les pouvoirs d’un dieu ne sont pas si faciles à contrôler.

- Plonk sentir bon maintenant ! s’enthousiasma l’orc.

- Tout dépend du point de vue, répliqua Gyrm. Je te préférai vert et puant, au moins c’était une puanteur honnête, si tu vois ce que je veux dire.

Plonk s’examina de la tête aux pieds et fit un large sourire au nain.

- Plonk rester comme ça !

- Vous êtes revenus !

Naëlia courait vers eux, apparemment soulagée de les voir. Gyrm plissa les yeux. Son sixième sens de nain (enfin, septième sens, le sixième consiste à détecter la bière à dix kilomètres à la ronde) l’avertissait qu’une autre catastrophe allait encore lui tomber dessus.

- Oh, Kalagan ! sanglota l’Elfe en se jetant dans les bras de l’archer. C’est horrible !

Toutes nos réserves de légumes ont disparu, termina le nain dans sa tête.

- On a enlevé Lylia !

Ah non, raté.




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18 octobre 2007

Gyrm, Saison II, Episode III.

Haaaaaaaaaaaaa ! Noir, noir, noir ! Plooonkkkk peuurrrrr !!

— Plonk tais-toi tu vas nous faire repérer ! s'écria Gyrm.

— Ploooonk vouloir luuumièèrreeee, vouloirrrrr luuumiièèèrrreeeee !

— Maître, est-ce un ordre ? interrogea calmement Raux-Orh.

L'orc se remit à crier de plus belle.

— Je suppose que non, dit l'Effrit à mi-voix.

— Mais vous savez bien que si ! hurla Kalagan pour se faire entendre. Obéissez, bon sang !

— Non, je ne crois pas que ce soit un ordre, s'obstina le génie. Vraiment.

— Plooooonkkkk un oooorrddreeeee !

— Bien, ô Maître.

Il y eut soudain de la lumière (bleu fluo, ça faisait mal aux yeux, mais bon, au moins on y voyait quelque chose), et l'orc s'arrêta de crier. Gyrm regarda autour de lui, s'attendant à être assailli par les morts-vivants à tout instant. Mais la grotte était vide. Vide comme l'estomac de l'orc qui grognait maintenant aussi fort qu'un sanglier a qui l'on arrachait les... défenses. Hem.

- Ha, y a personne ! constata le nain.

- Tiens, j’avais pas remarqué, ironisa Kalagan.

- Comment on fait, alors ?

- Plonk faim.

- C’est pas le moment, Plonk, le sermonna l’archer. On a un problème là.

- Quoi problème être ? Si Plonk résoudre, pouvoir manger ?

Gyrm ricana. Ainsi l’orc pensait être plus intelligent que lui et l’Humain réunis ! Haha ! Enfin que lui, parce que bon… l’Humain.. Il comptait un peu pour du beurre vu ce qu’il apportait. Ahem.

- La grotte de Nécro est vide, tu vois Plonk ? indiqua Kalagan. Alors si tu sais où le trouver, faudrait nous le dire.

L’orc eut un instant l’air égaré, puis un rusé sourire (oui je sais le mot rusé fait un peu bizarre en parlant de Plonk…) naquit sur ses lèvres.

- Trouveeerrr Nécrooo ! hurla Plonk.

- Où ça ? voulut dire Gyrm, mais il n’en eut pas le temps.

Il y eut un Ploc, suivi d’un BOUM, et ils se retrouvèrent dans un endroit étrange. C’était une sorte de plaine battue par les vents, qui s’étendait aussi loin que portaient leurs regards. Mais quelque chose clochait. En fait, trois choses.

Tout d’abord, tout était rose. Le sol, les herbes, les arbres, le ciel… même nos compagnons arboraient pour l’occasion une jolie couleur rose. Mais pas du rose gentil, style Elfe adolescent (et adulte, aussi, hem…). Non. Du rose lourd. Genre Narnie mon amie, la poupée préférée des petites humaines friquées. Cette couleur parut éveiller un souvenir chez Wouf et il se mit à hurler à la mort. Un coup de pied bien placé de Gyrm le fit taire.

Ensuite, ils flottaient dans les airs. Pour Raux-Orh, c’était un peu normal, mais Gyrm n’avait pas l’habitude d’être suspendu à quatre mètres du sol. La tête en bas, en plus. Et il perdait son pantalon ! (Les pantalons des nains sont larges. Très larges… bah oui les poches à bière ça prend de la place…) Vite, il sifflota d’un air dégagé pour détourner l’attention.

Et troisièmement… ils n’étaient pas seuls. Mais alors vraiment pas. Il y avait du monde partout. Partout ! En bas, en haut, à gauche, à droite, sous leurs chaussures… Gyrm était littéralement écrasé, pressé de toutes parts par des corps non identifiés. Inanimés aussi, heureusement pour le nain qui était maintenant en caleçon (très joli, rose avec des petites haches brodées).

- Raux-Ooooooorh ! hurla-t-il. Génie de pacotille !

- Ha, pardon, mais je n’ai fait qu’obéir, s’indigna l’Effrit.

- Ha oui ? Et il est où, Nécro, hein ?

- Ici, indiqua vaguement le Génie. Parmi ces quelques milliers d’âmes.

Une voix s’éleva de… bah, quelque part.

- Plooonk faim… pouvoir manger maintenant que Nécro trouvé ?

- Plus tard, grogna Gyrm.

- Où est-on, au juste ? s’enquit Kalagan. Je…. Chmmmbbbb…

Le reste fut incompréhensible, pour cause de collision avec un corps poussé par le vent.

- Dans les Enfers Dévastés, bien sûr ! répondit le Génie. Vous voyez, quand je vous disais que les brochures publicitaires sont grandement exagérées ! Leur rose est totalement démodé !

- M’serais bien passé de la preuve ! Bon, ça veut dire que Nécro est mort ?

- Oui, confirma l‘Effrit. Son âme flotte paisiblement parmi celles des autres… en attendant d’être dévoré par un quelconque génie attiré par une brochure mensongère…

- Vous mangez les âmes ? releva Kalagan avec dégoût (il avait réussi à dégager assez sa bouche pour pouvoir articuler correctement).

- Oui. Les Enfers Dévastés constituent d’ailleurs un bien piètre garde-manger…

A cet instants, les nerfs de Plonk, déjà rudement éprouvés par tout ce vocabulaire culinaire, lâchèrent.

- Mannggeeeeerrrrr !! hurla-t-il de toute la puissance de ses poumons, et il se jeta sur un corps qui passait.

Ouvrant une grande bouche garnie de dents rosâtres (tout est rose, souvenez-vous), il arracha un gros bout d’âme et entreprit de le mâcher. Puis il déglutit.

- Noooooon ! se lamenta Raux-Orh.

Mais il était trop tard. Il y eut de nouveau un Ploc, encore un BOUM, et ils se retrouvèrent ailleurs.


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22 septembre 2007

Gyrm, Saison II, Episode II.

Bonjour Gy-gyrm ! s'écria la petite Elfe d'une voix flutée.

— Gnnnn, fut la seule réponse du nain.

— Papa et Maman m'ont dit que tu leur avais sauvé la vie plein de fois ! repartit Lylia. C'est vrai, dis ? Raconte !

— Bien sûr que c'est vrai ! se rengorgea Gyrm. Sans moi, tes parents ne seraient plus là, et tu n'existerais même pas. Ce qui serait ptet pas plus mal... ajouta-t-il tout bas.

Lylia lui tira sur la barbe en riant. Gyrm fit de gros yeux, espérant avoir l'air méchant, mais il réussit seulement à avoir l'air pathétique. Pour finir, il repoussa doucement la petite Elfe et se releva, essayant de conserver sa dignité.

— Hum, fit-il en apercevant tous les regards braqués sur lui. Bon, et qu'est-ce qu'on fait pour les choux ? (Comme s'il en avait quelque chose à faire, haha !)

Naëlia leva un sourcil.

— Tu veux dire, comment fait-on pour réparer ton erreur ?

— Mon erreur ? grogna le nain. Parce que c'est ma faute maintenant si vos trucs sont potables niveau goût ?

— Mais oui, confirma l'Elfe.

— Ha, j'aimerais bien voir ça !

Gyrm croisa les bras et prit un air sérieux.

— Voyons voir... fit Naëlia. Qui a laissé le Nécromancien en vie ? Enfin... en mort... bref.

— J'vois pas l'rapport, se défendit le nain, et en plus c'est Kalagan qui a pas voulu le tuer !

— Quoi ? s'indigna l'Humain. Mais enfin pas du tout ma chérie ! poursuivit-il sous le regard inquisiteur de l'Elfe.

— Quoi qu'il en soit, trancha cette dernière, ces légumes sont son oeuvre.

— Et comment vous le savez ? interrogea Gyrm, toujours sceptique. (En fait il avait complètement oublié le Nécromancien et essayait désespérément de gagner du temps pour se souvenir du bonhomme. Il n'y avait pas eu de bière en jeu, sinon il s'en serait souvenu, ça il en était sûr, mais pour le reste... hem...)

— La nuit où on s'est aperçu que les choux étaient comestibles, on a trouvé ceci avec.

Elle lui tendit une bout de papier tout vert qui empestait furieusement le choux. Gyrm le lut rapidement.

Cher Toutes et Tous, puissent ces choux vous éclairer sur le chemin de la vérité. Que leur puissance gustative soit toujours avec vous ! Non, inutile de me remercier, vraiment.

Et c'était signé : Nécro l'Ancien.

— Quelle feuille de choux ! s'énerva Gyrm en jetant le papier à terre.

— C'est le cas de le dire, observa Kalagan.

— On aurait dû le tuer quand on en a eu l'occasion ! Pourquoi tu m'en as empêché, hein, Kalagan ? fit le nain en jetant un regard mauvais vers l'archer.

— Mais pas du tout, je....

— Suffit !

La voix de Naëlia avait claqué comme un fouet. Ha non. En fait, elle avait un fouet à la main. Ça explique tout. Un vrai fouet, genre.... genre vous voyez quoi. Gyrm recula prudemment.

— Ma chérie... tenta Kalagan.

Le regard de l'Elfe se posa sur lui et il se tut immédiatement.

— Je compte sur vous pour régler ce problème, déclara-t-elle doucement. Et vite. Sinon...

Elle fit claquer le fouet d'un air menaçant.

— Bien sûr... déglutit Kalagan. Reste ici avec Lylia... on s'occupe de tout... et euh... on part sur-le-choux... euh, le champ...

— Ploonnk ! appela Gyrm. Viens par là, on va rendre visite à un vieil ennemi !

— Quoi quoi quoi Plonk taper ??? s'enthousiasma l'orc.

— Sans aucun doute, approuva l'archer. Appelle Raux-Orh pour qu'il nous téléporte.

— Encore ? marmonna Gyrm.

— A moins que tu ne préfères faire le voyage à pied... un mois sans la moindre goutte de bière...

La voix de Kalagan avait quelque chose de menaçant.

— Ha vu comme ça... capitula le nain.

Ils employèrent tout leurs efforts à faire éternuer l'orc pendant que Naëlia tapait du pied. Finalement, ce fut Lylia qui en écrasant les orteils de Plonk par mégarde (enfin…), déclencha le Ssschhoupokjrhnjzgfruiiit ! salvateur, leur épargnant le supplice du fouet.

— Plonk vouloir aller dans grotte de Nécro ! ordonna l'orc avec empressement.

— Crotte de nez ? répéta le génie qui était un peu dur d'oreilles.

— Mais non ! La grotte de Nécro ! hurla Gyrm avec impatience. (Le fouet venait encore de claquer.)

— Ça y ressemble, tout de même... maugréa l'Effrit.

Il claqua des doigts, il y eut le coup de tonnerre habituellement inutile (inutilement habituel ?), et ils se retrouvèrent dans le noir le plus complet.

— Euh, y a quelqu'un ? hasarda Gyrm.

Un hurlement effroyable lui répondit.

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01 septembre 2007

Gyrm, Saison II, Episode I.

Gyrm !

Les Elfes dansaient autour de lui, agitant leurs jupes qui venaient parfois lui effleurer le nez. Mais il avait seulement envie d'éternuer.

— Gyyyrm !

Elles scandaient son nom avec application, comme si c'était le mot le plus divin de toute la création. Et c'était le cas, n'est-ce pas ?

— Gyyyyrmmm !

Le nain commençait à se dire que quelque chose ne tournait pas rond. D'abord, que faisait-il ici, entouré d'Elfes qui semblaient toutes folles de lui ? (Ça aurait été des naines, il ne se serait même pas posé la question, et n'aurait pas seulement eu envie d'éternuer.) Et ensuite, pourquoi avait-il un choux dans les bras ? Assurément, ça n'était pas normal.

— GYYYRRMMM !!

Hum. Il avait la très nette impression de connaître cette voix. Voyons voir... il se concentra. Fort. Très fort. Très très fort.

— Aiiiieuh !

Il était tombé du lit et avait atterri sur son nez, ce qui expliquait son cri de douleur. Même un robuste nain a mal quand on lui tape sur le nez ! (Même vous vous auriez mal, alors rigolez pas !) Bon. En même temps, ça expliquait tout le reste. C'était un rêve ! Content d'avoir élucidé ce mystère, il tendit la main vers la chope de bière qui se trouvait sur sa table de nuit. (Gyrm est un nain, vous vous souvenez ?)

— GYYYYRRMMM tu réponds oui ou non ?!

Le nain sursauta et regarda la chope d'un air soupçonneux. Non, il n'avait encore rien bu, elle était forcément innocente. Alors qui....

— Oui, je suis là, déclara le nain à voix haute en se sentant parfaitement idiot. Qui me parle ?

— Moi, évidemment, répondit la voix d'un ton sec. Tu t'attendais à qui, le dieu de la bière ?

— Euh, pour être tout à fait honnête, répondit Gyrm, je n'ai pas l'habitude d'avoir une voix dans ma tête.

— Les Elfes peuvent faire ça, tu sais. Et Raux-Orh m'a gentiment assisté dans mon sort de Communication pour que je puisse te contacter.

— Haaaa... euh... quoi qu'y n'y a alors ? grogna le nain, toujours perplexe.

— Nous avons besoin de ton aide. Le CDFELMNC a rencontré un problème, nous pensons que tu pourras le résoudre.

— Le QUOI ? s'étrangla Gyrm.

— Je t'expliquerai ! s'impatienta Naëlia. Tu veux bien venir, oui ou non ?

Gyrm songea que la fréquentation de Kalagan avait sérieusement entamé les bonnes manières de l'Elfe. Puis il songea à sa réserve de bière qui avait drastiquement diminué. Puis il songea à ce qu'il avait fait ces dernières années (c'est-à-dire rien). Peut-être était-il temps de replonger dans le bain de folles aventures.

— Alors ?

— Plouf, répondit Gyrm.

— Ce qui signifie ? interrogea Naëlia sans comprendre.

— Que j'arrive, par ma barbe et mes chaussettes ! (Très important les chaussettes, car plus Gyrm vieillissait, plus il avait froid aux pieds.)

Il commença à rassembler ses affaires (bière, hache, et bière), se préparant à un long voyage vers la forêt elfique. Naëlia le stoppa net :

— Raux-Orh va te téléporter.

Gyrm poussa un soupir. Où était passée l'aventure ?

— Il peut faire ça, maintenant ? demanda-t-il, dubitatif.

— Oui, il m'assure pouvoir le faire sans disperser trop de toi-même au passage.

Ha, bah elle était là !

— Bon, très bien, marmonna Gyrm.

Il entendit un léger Poc, eut l'impression que tout ses organes se déversaient au dehors de son corps, puis qu'ils le réintégraient de mauvaise grâce, et il contempla le visage de Naëlia.

— Oh, dit-il pour tout commentaire.

— Oh ? fit une voix dans son dos. C'est comme ça qu'on dit bonjour à ses vieux amis ?

Gyrm se retourna et adressa un sourire à Kalagan.

— Holà vieux bouc ! s'écria-t-il. On dirait que t'as pas pris une ride !

Kalagan leva un sourcil.

— Inutile d'en faire trop, hum.

— Mais, c'est vrai ! s'étonna le nain, oubliant la politesse. Ça fait quand même... euh..

— 20 ans, indiqua l'Humain.

Gyrm lui jeta un regard soupçonneux.

— T'étais pas censé vieillir, toi ? 20 ans c'est beaucoup pour quelqu'un de ton espèce...

— Je t'expliquerai tout ça plus tard, éluda l'archer.

Le nain hocha la tête. L'instant d'après, il se retrouva étouffé par une immense chose verte, et une langue rose lui lécha la figure.

— Plooonk si content revoir amiiii !

— Wouuuuf !

— Oui Plonk, moi aussi, gargouilla-t-il difficilement. Si tu pouvais me laisser respirer...

— Plonk ouiii !

L'orc recula d'un pas, le chien s'assit à ses pieds et Gyrm s'empressa de se dégager.

— T'as grandi, non ? remarqua-t-il quand il le détailla du regard.

Plonk prit un air coupable.

— Ce n'est pas grave Plonk, tout le monde sait que ce n'était pas ta faute, intervint Naëlia.

— Hein ? voulut savoir Gyrm.

— Je t'expliquerai ça aussi, lui chuchota Kalagan.

Gyrm grogna encore, puis changea de sujet :

— Alors euh... c'quoi le problème au juste ?

— Hé bien... il vaut mieux que tu vois par toi-même... indiqua Naëlia.

Elle se dirigea vers une clairière ombragée, (j'ai oublié de préciser qu'ils étaient à terre, et non dans les arbres, sinon Gyrm n'aurait pas autant fait de blagues, et aurait immédiatement demandé à descendre) et Gyrm, Kalagan et l'orc et Wouf la suivirent. Au fur et à mesure qu'ils approchaient, Gyrm sentit une odeur lui chatouiller les narines. Une odeur de...

— Voilà, déclara Naëlia en désignant du doigt les immenses choux qui poussaient dans la clairière.

— Bah... c'est quoi le problème ? fit Gyrm. Ils ont l'air très bien, ces choux ! On en mangerait...

Un Scrunch lui répondit. Plonk mettait en pratique sa théorie.

— C'est justement ça qui ne va pas, déplora l'Elfe. Ces choux sont cultivés par les membres du CDFELMNC. Autrement dit, le Comité Des Fruits Et Légumes Magiques Non Comestibles.

— Ha, dit Gyrm. Donc.... on ne devrait pas les manger ?

— Ils ne devraient pas être comestibles, expliqua Kalagan. Or ils le sont.

Gyrm leva les bras au ciel.

— Quel problème de taille ! Vous avez vraiment besoin d'moi pour l'résoudre, hein ?

L'Humain et l'Elfe regardèrent soudain Plonk avec un grand intérêt.

— Bon, j'ai compris. J'vous manquais, alors z'avez inventé un prétexte pour m'voir rev'nir. Ptet même que ces choux ont toujours été mangeables !

— Non, contra l'Elfe, c'est un vrai problème. Mais il n'est pas faux que... hem...

— Oui ? fit Gyrm en inclinant la tête sur le côté sans quitter Naëlia des yeux.

— Tu nous manquais, oui ! termina Kalagan. Et puis, nous voulions te présenter quelqu'un.

— Ha bon, qui ça ? s'étonna le nain. L'ogre de la forêt ?

— Ogrrreuh copain, remarqua Plonk en terminant son 12 ème choux.

La réponse parvint à Gyrm sous la forme d'un tourbillon violet. Le nain se retrouva couché sur le dos sans rien avoir pu faire. La créature juchée sur son ventre lui sourit de toutes ses dents.

— Oncle Gyyyyrmmm ! s'exclama-t-elle.

— Hein ? fit celui-ci.

— Gy-gy-gy-gyrrrm ! continua la créature en se frottant contre sa barbe.

— Gneuh... renifla le nain.

— Lylia, je te présente Gyrm, le nain, commença Kalagan.

— Gyrm, voici Lylia, notre fille, termina Naëlia avec un sourire.

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14 mai 2007

Gyrm, Saison I, Dernier Episode.

Le mariage fut somptueux. Il se déroula sur la terre ferme, dans la clairière, spécialement pour Gyrm. Il avait fallu tout d'abord écarter quelques obstacles, comme l'entêtement du pète de Naëlia, qui ne voulait pas d'un humain comme gendre, mais la jeune Elfe avait fini par avoir le dernier mot (comme toujours en ce qui la concernait, d'ailleurs Gyrm la soupçonnait d'avoir été naine dans une autre vie).
Le temps était au beau fixe et le couple rayonnait de bonheur. Même Gyrm se surprenait à être de bonne humeur (ça avait peut-être un rapport avec la bière naine que Naëlia avait fait importé pour lui). Le couple insista pour que le nain soit leur témoin, ce qui provoqua des vagues de protestations parmi l'assemblée Elfe et amusa beaucoup Gyrm. Puis ils se passèrent des bagues d'un vert étrange aux doigts, et il y eut un lâcher de flèches magiques (dont l'une manqua de peu les fesses de Gyrm).
Plonk rafla presque toute la nourriture du banquet, après quoi ils firent la fête toute la nuit. Gyrm se retrouva à boire comme un trou en compagnie de Kalagan.
— Héhé ! Ça finit bien s't'histoire ! se réjouit le nain.
— A qui le dis-tu.
— Bah à toi.
— C'est une expression.
— Ah bon.
— Oui.
— Bah je connaissais pas.
— Mmh.
— Tu penses à quoi ?
— A l'avenir.
— C'est vaste.
— Plutôt.
— Qui c'est qui parle là ?
— Bah moi.
— Ha oui. J'ai failli oublier.
— Bien, ce n'est pas que ta compagnie me déplaise, mais ma femme m'attends.
— Oué. Bonne nuit, héhé.
— Sans aucun doute.

Gyrm se soûla jusqu'au matin, puis partit colmater quelque part. Il passa ensuite quelques jours chez les Elfes (pas vraiment les meilleurs de sa vie, pour tout dire), et décida de partir. Un nain qui vivait chez les Oreilles Pointues ? Non, vraiment, ça n'allait pas. Il ne tenait pas à devenir un espèce de nain mutant, mi-chiant mi-Elfe. Il se leva un matin, empoigna sa fidèle hache, et descendit résolument à terre.
C'est mieux de s'en aller sans dire au revoir.... et de toute façon... vont pas me manquer ! J'pas besoin d'eux, moi ! Ni de personne, d'ailleurs !
Se répétant ce mensonge (oui c'est un mensonge sale nain, et n'essaie même pas de me contredire, l'auteur à toujours raison !), il s'éloigna de la clairière. Il était presque sorti de la forêt quand une voix le stoppa net.

— Alors, on s'en va sans dire au revoir ?
Gyrm sourit dans sa barbe et fit volte-face pour répondre à Naëlia :
— J'voulais pas vous faire de peine, z'êtes tellement fragiles...
— Bin voyons, fit une autre voix.
— Quelqu'un a perdu un pot de colle ? plaisanta Gyrm alors que Kalagan rejoignait sa femme.
Puis comme personne ne riait (sauf lui), il enchaîna :
— Au fait, où sont passés Plonk et Wouf ?
— Je leur ai présenté l'ogre de la forêt, déclara la princesse. Ils se sont tout de suite très bien entendus.
— T'm'étonnes... Bon bah je sais où les trouver maintenant, et vous aussi... des fois que l'envie me prenne de vnir vous voir.
Le nain avait l'œil brillant.
— Tu seras toujours le bienvenu par ici, dit Kalagan en souriant.
Le nain renifla bruyamment.
— Z'avez vu, il commence à pleuvoir... je vais y aller moi...
Le ciel était sec et il n'y avait pas un nuage en vue. Une larme roulait doucement sur les joues de Gyrm.
— Bonne route, mon ami, déclara l'Elfe avec sérieux.
Le nain partit sans un regard en arrière. Il s'engagea sur le chemin qui menait vers l'intérieur des terres et essuya la larme. Ce fut la première fois qu'un nain pleurait pour une Elfe, un humain, et un orc. Mais pas la dernière. Car non, les aventures de Gyrm ne sont pas terminées. A 385 ans, un nain a encore beaucoup de choses à vivre. Mais ceci est une autre histoire...

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10 avril 2007

Gyrm, Saison I, Episode XXI.

Quelques minutes plus tard, ils débouchèrent dans une vaste clairière.
— Et voilà, annonça Naëlia.
— Hein ? J'vois rien.
— Lève la tête, indiqua Kalagan qui avait déjà le nez en l'air.
Gyrm découvrit une réseau de cabanes reliées par des passerelles, le tout s'étendant sur plusieurs dizaines d'arbres. Il y avait aussi quelques sculptures en bois, dont une qui représentait un nain en train de se casser la figure.
— Ça joliiii, apprécia Plonk.
— C'est encore mieux quand on est là-haut.
— Oh non... soupira le nain en prenant conscience de la présence de nombreuses échelles. Je suis maudit. Aux prix de nombreux efforts, il parvint à se hisser au sommet des arbres, et tous suivirent Naëlia qui affichait à présent un grand sourire. Elle les entraîna dans une grande salle où tous les Elfes semblaient déjà les attendre.
— Piégé, chuchota Gyrm quand la porte à doubles vantaux se referme en grinçant derrière eux.
Les Elfes murmurèrent, commentant allègrement l'arrivée de ce groupe pour le moins étrange. Plonk clignait des yeux, se croyant en plein rêve : il y avait tellement d'oreilles pointues ! Mais pas le moindre bol de crème, à sa grande déception. Kalagan rassurait Gyrm, qui se préparait déjà à vendre chèrement sa peau. Wouf attendait patiemment.
Après un instant de flottement, un Elfe habillé d'or et d'argent s'avança vers Naëlia et déclara :
— Pouic pouic.
Il offrit ses mains, paumes vers le haut, et Naëlia lui donna les siennes en répétant très sérieusement :
— Pouic pouic.
Gyrm se mordit les lèvres pour ne pas éclater de rire, ce qui aurait été du plus mauvais effet au milieu de tous ces Elfes, alors que Kalagan ne dissimulait pas son étonnement, comme en témoignait sa bouche grande ouverte.
— C'est le salut elfique, indiqua Naëlia par dessus son épaule. Elle se lança alors dans une longue conversation avec son congénère. Quand Gyrm bailla pour la 156 ème fois, elle se tourna enfin vers eux, leur annonçant qu'un festin allait être organisé pour fêter son retour. L'orc se mit aussitôt à saliver, la bave tombant sur Wouf qui s'était dévoué pour ne pas salir la moquette elfique. Gyrm eut un grognement qui traduisit son enthousiasme délirant. Kalagan fut plus pragmatique :
— Comment tu leur as expliqué ta soudaine disparition ?
Naëlia eut un haussement d'épaules.
— Chez nous, la magie est monnaie courante... rien ne nous étonne de ce côté-là.
— Je vois, fit l'archer d'un ton pensif. Dis moi, tu ne m'aurais pas jeté un sort, par hasard ?
— Oh non, je suis démasquée, dit l'Elfe en lui adressant un grand sourire.
— Pfff, conclut Gyrm.

Et c'est ainsi que notre nain se retrouva assis à côté d'un Elfe. Heureusement, il avait Plonk de l'autre côté pour lui éviter l'apoplexie. Si on lui avait dit un jour qu'il serait content d'avoir un orc à sa table, il n'aurait jamais voulu le croire ! Naëlia s'était débrouillé pour placer Kalagan près d'elle, juste en face de Gyrm. Wouf se situait quelque part sous la table, sans doute aux pieds de Plonk. Le reste de l'immense tablée était constituée exclusivement d'Elfes.
Et le repas commença. Gyrm désespéra en voyant arriver l'entrée : quelques feuilles de salade, avec une pointe de sauce. Plonk enfourna le tout dans sa bouche avec empressement et ne s'aperçut même pas qu'il avait croqué un bout d'assiette avec. Gyrm lui offrit sa part de bon cœur. Naëlia discutait en elfique avec sa famille, tandis que l'humain essayait de suivre la conversation, non sans mal. L'Elfe situé à gauche de Plonk s'écarta brusquement quand le plat de résistance arriva. Gyrm observa avec une tristesse infinie les légumes échoués dans son assiette. Il souleva une carotte et découvrit un morceau de viande, sans doute égaré par hasard. Il s'empressa de le manger en jetant des coups d'œil furtif autour de lui, mais tous les autres semblaient enchantés devant ce déluge de carottes. Gyrm donna le reste à Plonk, qui jeta quelques patates sous la table, l'air de rien. L'Elfe à côté de lui fut d'ailleurs très étonné du bruit que faisait les patates en tombant par terre (Wouf ! Wouf !).
— C'est bon, non ? lança Kalagan à ses amis, mangeant avec appétit.
— L'amour rend aveugle, c'est attesté, en déduisit Gyrm.
Alors que tous terminaient leurs assiettes, l'Elfe à ses côtés se rapprocha et dit quelque chose dans sa langue tarabiscotée.
— J'comprends pas, t'sais, remarqua le nain.
L'Elfe répéta lentement sans se décourager, comme si c'était une question de prononciation.
— Nan mais je la parle pas du tout, ta langue ! s'emporta le nain. (Je sais pas si vous avez déjà vu un emportement de nain, c'est drôlement impressionnant. On dirait une tempête dans un globe à neige.) Pas un mot ! Et j'en suis fier !
Naëlia intervint avant que Gyrm n'aille plus loin et fasse exploser le globe à neige.
— Il te demande ton âge.
Le nain ouvrit de grands yeux.
— Qu'est-ce que ça peut bien lui faire ?
— Certains d'entre nous pensent que la sagesse vient avec les années, expliqua Naëlia avec un petit sourire. Prends ça comme une compétition.... Qui est le plus vieux — et donc le plus sage — d'entre vous ?
Gyrm ricana.
— Sont marrants ces Elfes, en fait... T'ferais mieux de retourner dans les jupes de ta mère, mon ptit ! dit-il en se tournant vers son voisin de table. C'est que j'ai 385 ans, moi !
L'Elfe fit la moue, et revint à son assiette, l'air vexé. Gyrm s'esclaffa de plus belle.
— Gyrm ? appela l'archer d'un ton inquiet. Tu n'as pas vraiment 385 ans, hein ?
— Bah si ! répliqua jovialement le nain. Pourquoi, ça t'étonnes ? S'pas très vieux pourtant !

Kalagan secoua la tête, désabusé, puis s'intéressa de nouveau à Plonk. Hein ? Mais non, à Naëlia ! (C'était pour voir si vous suivez.) Quelques instants plus tard, le dessert arrivait. Gyrm renifla le gâteau couvert de feuilles d'un air sceptique. Alors qu'il allait l'entamer, Naëlia se leva pour réclamer le silence. Puis elle parcourut la tablée du regard et prononça deux ou trois phrases d'une voix chantante.
Aussitôt, ce fut l'effervescence. Tous les Elfes se mirent à parler en même temps, chuchotant, criant, hurlant, s'indignant, ricanant, s'égosillant, et toutes ces choses en -ant (enfin pas toutes quand même, mais on se comprend).
— Euh ? gargouilla Gyrm (essayez de répéter ça dix fois de suite, tiens) sans quitter l'Elfe des yeux (qui s'était rassis entre-temps). Plonk en profita pour lui chiper sa part de gâteau.
— Naëlia ? intervint Kalagan, mais elle s'était engagé dans une vive conversation avec l'Elfe aux habits d'or et d'argent.
— Tous dingues, laissa tomber le nain.
Mais Kalagan avait les yeux dans le vague. Il regardait fixement l'Elfe qui discutait presque violemment avec Naëlia. Gyrm se pencha vers lui.
— Euh ? Houhou ! fit-il en passant sa main devant les yeux de l'archer.
— Gyrm, souffla celui-ci.
— C'moi. Combien tu vois de doigts, là ?
L'humain secoua la tête.
— Non, non. Écoute ! L'Elfe là... celui en doré... il a dit quelque chose...
— C'est ce qu'il fait d'puis t'à'l'heure ! Ce qu'ils font tous !
— Il a dit... reprit Kalagan qui n'en démordait pas. Il a dit...
— Bon, il a dit quoi ? s'impatienta le nain.
— Mo christe, lâcha l'humain.
— J'parle pas l'Elfique, rappela Gyrm en reniflant. Mais attends, j'vais deviner ! Ça veut dire Mon amour, hein ? Ils s'aiment, c'est ça ? Bah, c'pas grave, tu t'en remettras, va !
Kalagan secouait la tête en rythme avec le monologue du nain.
— Non, non... Ça veut dire : ma fille. Et tu vois... j'avais dans l'idée que l'Elfe en doré... c'était une sorte de roi...
L'humain paraissait avoir du mal à y croire.
— Une princesse ! comprit enfin Gyrm. J'savais qu'elle nous cachait quelque chose ! Tous pareils, ces Elfes ! Un grognement lui répondit : Plonk venait de finir sa 37 ème part de gâteau.
— Ha ! Ce qu'il est têtu ! s'exclama Naëlia en langue commune, revenant à eux.
— Qu'est-ce que tu leur as dit pour qu'ils réagissent comme ça ? s'inquiéta Kalagan.
— Que leur ration de légumes allait être supprimé ? plaisanta Gyrm.
La princesse Elfe se tourna vers l'humain et lui annonça avec grand sourire :
— Je leur ai annoncé que nous allions nous marier.

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28 mars 2007

Gyrm, saison I, Episode XX.

Ce fut un massacre. Je ne dis pas ça par souci de brièveté, non non ! C'est la pure vérité. Un nain déchaîné, ça fait toujours beaucoup de dégâts. Sa hache coupa dans tous les sens alors que des morceaux d'humain non identifiés volaient dans la pièce. Au bout d'une minute, il ne restait plus que des bouts de Corbeaux éparpillés un peu partout. Le seul survivant, c'est-à-dire leur chef (les nains gardent toujours le meilleur pour la fin), reculait contre le mur repeint couleur rouge tripes. Il attrapa brutalement Naëlia et lui plaqua une dague sous la gorge.
— Plus un pas ou je l'égorge ! menaça-t-il d'un air rusé.
Kalagan s'immobilisa sur-le-champ. Gyrm éclata de rire.
— Vas-y, m'en fous ! jeta-t-il en continuant à avancer.
Le Corbeau n'en crut pas ses oreilles.
— Mais... mais... bredouilla-t-il. Je vais vraiment le faire ! se reprit-il en resserrant sa prise.
Gyrm haussa les épaules sans ralentir d'un pouce. Il enjamba un dernier cadavre et parvint à la hauteur de l'homme qui ne comprenait plus rien.
— Je... commença le nain.
Sa hache trancha la main qui tenait le couteau, l'Elfe s'écarta vivement.
— ... veux...
Le Corbeau eut soudain une jambe en moins (ce qui entraîna sa chute, si vous suivez).
— ... ma...
La lame découpa proprement l'épaule.
— ... bière ! termina le nain en hurlant.
Et hop ! Plus de tête.
— Non mais, grogna Gyrm en donnant un coup de pied au corps.
Il se retourna et aperçut Kalagan et Naëlia dans les bras l'un de l'autre. Leurs lèvres semblaient vraiment très très proches...
— Bah ! Vous gênez pas, surtout !
L'archer lui adressa un sourire que Gyrm trouva parfaitement idiot.
— Bon allez ! Je reste pas un instant de plus dans cette ville pourrie, moi, fit le nain. La bière, c'est sacré !

A la sortie, ils retrouvèrent Plonk qui s'essayait au jonglage avec des têtes de Corbeaux, tandis que Wouf mordillait un tibia. Il sortirent de CouTordu sans tarder et passèrent le reste de la nuit sur la Lande. Le matin venu, ils repartirent pour la forêt elfique dans la joie et la bonne humeur (sauf Gyrm, bien sûr, un nain sans bière n'est jamais de bonne humeur). Ils formaient une bien étrange équipée, et n'importe qui se serait sans doute écarté prudemment sur leur chemin.
Kalagan et Naëlia marchaient comme s'ils étaient collés l'un à l'autre, Plonk avançait désormais à quatre pattes, et Gyrm qui n'avait pas envie de se fatiguer s'était installé sur son dos. La journée se passa sans incident, ce qui, comme le fit remarquer le nain, était vraiment exceptionnel.
Une étrange routine commença alors à s'installer : le matin, Wouf les réveillait en couinant. Négligeant le petit déjeuner, (sauf Plonk qui parvenait toujours à avaler quelques brins d'herbe) ils prenaient la route, adoptant la configuration décrite précédemment. L'Elfe les guidait, Kalagan préparait les repas, Plonk et Wouf s'occupait de ramener la viande (parfois un peu mâchouillée mais une fois cuite il n'y paraissait plus), et Gyrm baillait (ce qui est tout de même important).
La nuit venue, trois groupes se formaient. L'humain et l'Elfe dormaient ensemble, se livrant à des occupations... (bah, voilà quoi, pas besoin de faire un dessin...), Plonk veillait sur Wouf, à moins que ce fût le contraire, et Gyrm se suffisait à lui seul, comme toujours. Enfin, le troisième jour, en début d'après-midi, ils arrivèrent à l'orée de la forêt elfique.

— C'est magnifique ! s'extasia Kalagan en admirant les frondaisons et leur débauche de couleurs.
— Bah... c'est jamais que des arbres ! Ça vaut pas un bière ! déplora Gyrm.
— Avoir beaucoup manger là-dedans, supposa l'orc, les yeux brillants et la truffe frétillante.
— Une seule chasse par jour, Plonk, fit Naëlia en fronçant les sourcils. Il n'est pas question que tu décimes la faune locale.
Wouf et l'orc couinèrent de concert. Gyrm se reçut soudain une pierre sur le crâne.
— Hé ! D'où y sort c'te caillou ?
Des rires flûtés provenant des arbres leur parvinrent. Un deuxième projectile vola vers Gyrm, mais Naëlia l'intercepta au passage. Elle prononça quelques mots en elfique, et le silence revint. Kalagan l'interrogea du regard.
— Ce sont des petits chenapans, expliqua-t-elle d'un air amusé.
Deux silhouettes quittèrent l'ombre des arbres pour s'avancer en pleine lumière.
— Haha ! s'exclama Gyrm en découvrant les jeunes Elfes. Si ça ne tenait qu'à moi, je vous flanquerais une bonne fessée !
L'un des deux lui répondit par une grimace et Naëlia fit mine de se fâcher. Ils baissèrent la tête d'un air contrit, mais ne se départirent pas de leur sourire (faut dire aussi que notre Elfe n'est pas très convaincante quand elle est en colère). Naëlia ajouta quelque chose dans sa langue, et les deux jeunes déguerpirent.
— Ils vont annoncer mon retour... allons, venez, je vais vous présenter mon peuple.
Gyrm eut un mouvement de recul.
— J'connais suffisamment les Elfes, hein... J'crois que ça ira !
— Gyrm... fit Kalagan en haussant un sourcil. Aurais-tu peur ?
— Peur ? Moi ? Jamais ! Tu l'auras voulu, j'viens avec toi ! s'emporta le nain.
— Bien, dit Kalagan avec un sourire, et Gyrm réalisa qu'il avait peut-être été manipulé.
De toute façon, c'était trop tard pour faire demi-tour. Ils s'enfoncèrent dans la forêt d'un bon pas.

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22 janvier 2007

Gyrm, Saison I, Episode XIX

— Adieu ! Et encore merci ! cria Kalagan tandis que le bateau s'éloignait.
La traversée avait été rapide, et Gyrm n'avait (presque) pas vomi, ce qui l'avait mis de bonne humeur.
— Où c'est qu'on est ? s'enquit-il avec un sourire. (Ce qui était aussi rare qu'un Elfe en train de boire une bière. Le sourire, hein, pas le fait qu'il demande quelque chose.)
— Quelque part sur les Landes Fendues, estima Naëlia.
— Les Landes Fendues ? Là où les gens disparaissent dans des trous si grands qu'on les revoit plus ? dit Kalagan qui venait de se rappeler d'une comptine de son enfance.
— Des trous si grands que ça leur troue le biiiip (censuré), confirma Naëlia d'un ton sinistre.
— Je vois, grogna le nain, toute bonne humeur évanouie. Aîe ! J'ai mal aux pieds tout à coup... c'est horrible... Oh, comme je souffre !
— Plonk porter nain ! s'exclama l'orc innocemment, et Gyrm retrouva le sourire.
Ils marchèrent toute la journée sans tomber dans un seul trou, guidé par Naëlia qui s'y entendait pour les éviter. L'Elfe leur avait dit que d'ici trois jours, ils arriveraient dans sa forêt, ce qui les avaient tous motivés. Gyrm essayait de se convaincre qu'il était pressé d'arriver pour être débarrassé de Naëlia, mais curieusement, cette pensée sonnait faux. Allons, il ne s'était tout de même pas attaché à une Elfe ? Une Elfe ! Mais non, il manquait de bière, voilà tout. Bon, n'en parlons plus.

Le soir, ils firent halte au village de CouTordu, qui possédait heureusement une taverne. Gyrm avait un besoin urgent de refaire ses réserves. Il se dirigea vers le comptoir avec empressement tandis que Kalagan et Plonk choisissait une table. Wouf — l'orc avait tenu à appeler le chien ainsi — suivait Plonk de près, la vénération la plus abyssale se lisant dans ses yeux rouges. Naëlia était encore dehors, mais elle avait promis de les rejoindre bientôt. Gyrm se hissa sur un tabouret (ce qui prit un peu de temps), et s'adressa à l'aubergiste.
— Hé, z'avez de la bière ? (Question toute rhétorique, pensait-il.)
— Non, désolé, répondit l'homme bedonnant secouant la tête. Rupture de stock.
Et paf ! Autant pour la rhétorique.
— Quoi ? enragea Gyrm, tremblant d'indignation. Qui c'est qui m'a pris MA bière ? Réponds !
A ce moment-là, la porte de l'auberge s'ouvrit violemment, et Kalagan entra en hurlant :
— Gyrm ! Ils ont enlevé Naëlia !
Il tenait à la main un morceau d'étoffe noir sur lequel était brodé un oiseau en plein vol.
— Les Corbeaux ! s'exclama l'aubergiste en l'apercevant, soudain pâle comme la mort.
— C'est les corbeaux qu'ont piqué ma bière ? releva le nain, furieux. Vont m'entendre, ceux-là !
Il sauta du tabouret, passa devant Kalagan, leur arrachant au passage le morceau d'étoffe et sortit dehors sous la pluie battante. Plonk les rejoignit, l'air un peu perdu (comme à son habitude), suivi de Wouf qui gémissait.
— Dis moi tout, siffla Gyrm entre ses dents.
— Je suis sorti pour savoir où en était Naëlia, et j'ai vu une dizaine d'hommes en noir qui la forçait à les suivre. J'ai voulu les rattraper, mais tout ce que j'ai obtenu, c'est ça. (Il indiqua le bout de chemise noire que tenait le nain.)
— Vont regretter d'avoir piqué ma bière !
Kalagan prit l'air perplexe.
— Gyrm, qu'est-ce que tu racontes ? Ils ont enlevé Naëlia !
— Ouais... ça aussi... marmonna le nain.

Il y eut un bruit d'éclaboussure derrière lui. C'était Plonk qui s'amusait à sauter dans les flaques, imité par le chien.
— On ne les retrouvera jamais avec toute cette pluie, se lamenta l'archer.
— T'oublies une chose, fit remarquer Gyrm. Naëlia est une Elfe.
Kalagan eut un rire amer.
— Crois-moi, je ne risque pas de l'oublier. Mais tu veux en venir où ?
Gyrm tapota son nez d'un air rusé.
— Les Elfes, c'est comma la bière ! (Que le dieu des nains me pardonne cette formule malheureuse) Je les sens à des kilomètres ! Surtout quand j'ai leur odeur dans le nez depuis de mois...
Kalagan reprit espoir.
— Je te suis !
— Hé ! Plonk avoir deviné que vous allez fracasser têtes ! Plonk venir aussi ! dit l'orc d'un ton décidé.
— Bien sûr. On a toujours besoin de tes muscles.
Gyrm était déjà parti, et ils se hâtèrent de le rejoindre. Ils tournicotèrent dans de nombreuses ruelles, empruntèrent quelques passages secrets, par ailleurs un peu étroit pour l'orc, et débouchèrent enfin dans une cour entourée de quatre murs.
— C'est là, dit Gyrm.
— Quoi, là ? Y a rien, objecta Kalagan.
Le nain s'approcha d'un des murs et leva la tête.
— Chuis trop ...grmmbl... pour atteindre la brique.
— Pardon ? fit l'humain en s'approchant.
— Porte-moi, ordonna Gyrm. Et tais-toi, grogna-t-il en voyant que l'archer ouvrait la bouche.
Kalagan prit le nain sous les épaules et le souleva, ce qui lui permit d'enfoncer la brique correctement. Un déclic plus tard, un passage vers les profondeurs obscures s'ouvrait dans le mur. L'orc gémit quand Gyrm et Kalagan firent mine de commencer la descente.
— Plonk rester ici avec Wouf pour monter garder, hein ?
— Comme tu veux, Plonk, acquiesça Kalagan avant de suivre le nain. Un orc qui a peur du noir ? ajouta-t-il quand il fut certain de ne plus être entendu.

Gyrm haussa les épaules et s'arrêta soudain. L'escalier se terminait, une porte leur bloquait le passage. Le nain l'enfonça sans ménagement. Il lui suffisait de penser à se bière perdue pour décupler ses forces. Ils avancèrent dans un dédale de couloirs, mais le nain n'hésitait pas un seul instant aux intersections. A un embranchement, ils firent leur première rencontre avec un Corbeau, comme le proclamait la chemise qu'il arborait fièrement.
— Ma bière ! hurla Gyrm en se jetant sur lui.
Trois secondes plus tard, le combat était terminé. Une flèche dans la fesse gauche, le Corbeau gisait lamentablement par terre, assommé. Le nain se releva et reprit la traque, marmonnant de temps à autre. Les couloirs s'élargirent, ils laissèrent de plus en plus de Corbeaux inconscients derrière eux, et enfin ils se trouvèrent face à une porte massive.
— Elle est juste derrière, chuchota Gyrm.
— A toi l'honneur.
Gyrm gonfla ses muscles et se rua contre la porte. Elle explosa dans un grand bruit, des éclats de bois volant dans tout les sens. Les occupants de la pièce se tournèrent vers Gyrm, pour le moins surpris. Les Corbeaux formaient un cercle autour de Naëlia, qui se tenait face à un homme dont l'insigne était différent des autres. Son oiseau avait une couronne sur la tête. La symbolique n'était pas trop compliqué à saisir. Gyrm renifla, ses yeux se mirent à rougeoyer comme les flammes de l'enfer. Un cri de guerre acharné retentit dans toute la salle :
— MA BIEEERRREEEE !
Et Gyrm attaqua.

Posté par Elfae à 16:57 - Gyrm, le nain. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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