25 août 2007
Les oiseaux chantaient ce matin.
Assise dans l'herbe au pied de l'arbre, Zanya les écoutait. Les oiseaux la connaissaient et ne la craignaient pas : l'un d'eux, plus hardi que les autres, s'était même posé sur sa tête et lançait des trilles mélodieuses de temps à autres. La jeune orc lui répondait en sifflant, entretenant une curieuse compétition avec le volatile. C'était l'un de ses jeux favoris, l'un des rares qu'elle s'autorisait. Isolée au fond du jardin, elle oubliait pour un moment qu'elle était aveugle, concentrée sur leur échange musical.
Elle l'entendit venir de loin. La réplique qu'elle s'apprêtait à lancer mourut sur ses lèvres et l'appréhension lui serra le coeur. Que voulait-il cette fois ? Il s'arrêta à quelques pas d'elle et émit un reniflement moqueur.
- Regardez-moi ça... fit-il d'une voix grave. Tu t'es fait de nouveaux amis, on dirait...
Zanya hocha lentement la tête, essayant de ne pas paraître concernée. Elle avait appris qu'il ne valait mieux pas l'énerver.
- La honte de la famille, continua lentement son père, comme s'il savourait chacun des mots qu'il jetait à la face de sa fille. Tu n'as rien de mieux à faire, vraiment ?
L'oiseau sur la tête de Zanya pépia doucement. Le regard froid de l'orc se posa sur lui.
- Tellement faible que tu en es réduite à laisser une bête sans cervelle parler à ta place ?
Il avait tendu le bras pour appuyer ses propos. L'oiseau, intrigué, pencha la tête de côté. A ses yeux, l'orc était seulement une version plus grande de Zanya. Il ne le craignait pas, n'avait aucune raison de le craindre. L'autre l'avait toujours bien traité, lui donnait même à manger parfois. C'est pourquoi la curiosité seule animait l'oiseau lorsqu'il s'envola de la tête de Zanya pour se poser sur la main de l'orc. Celui-ci plissa les yeux et ses doigts furent agités d'un tremblement.
- Je n'aurai pas dû permettre à ta mère de te garder lorsque tu es née... Un bref élan de pitié que je regrette maintenant.
Zanya était heureuse d'être aveugle en cet instant. Elle était heureuse de ne pas voir le visage empreint de haine et de dégoût de son père. Oh, comme il la haïssait...
- Il n'y a qu'une seule chose à faire avec les faibles...
Sa main se referma comme une serre sur l'oiseau. Il serra brutalement le poing.
- Les tuer avant qu'ils ne deviennent trop encombrants.
Les oiseaux chantaient ce matin.
Maintenant ils se taisaient.
14 juillet 2007
Ombre et lumière.
Ombre et lumière, se dit-il distraitement. Ombre et lumière.
C'était bien de cela dont il était question. L'éternel combat entre le blanc et le noir. Le Bien et le Mal. Les Jedis et les Siths.
Il avait choisi son camp il y a longtemps. Celui du pouvoir. Le vrai pouvoir, le seul pouvoir, celui qui ne souffre d'aucune limites. Il songea un instant à tous ces padawans qui s'enfermaient dans l'étroit carcan forgé par les Jedis et renonçaient à leur plein contrôle sur la Force. Les imbéciles. Comment pouvaient-ils être aussi aveugles ? Comment pouvaient-ils gâcher ainsi leur potentiel ?
Zyyol eut un léger sourire. Il venait de se rappeler du dernier Jedi qu'il avait affronté. Ca avait été divertissant. L'idiot était persuadé de pouvoir le tuer. Zyyol lui avait démontré le contraire en à peine cinq minutes. Même agenouillé, à la merci du sabre du Maître Sith, l'homme n'avait pas voulu reconnaître son erreur. Zyyol n'avait pas prévu de le tuer rapidement, au départ, mais l'air bravache du Jedi l'avait énervé.
- Je ne succomberais jamais au Côté Obscur ! avait crié l'humain d'une voix aiguë, sans parvenir à cacher sa peur.
- Tu n'en veux même la peine, avait répliqué Zyyol en le décapitant.
Le souvenir de ce combat ramena le Sith vers d'autres sujets de préoccupations. Il se demanda s'il viendrait. Il était quasiment certain que oui. Après tout, c'était une occasion inespérée. Celle d'en finir une bonne fois pour toutes. Ils s'étaient déjà croisés si souvent. La Force s'était ingéniée à les réunir, sans jamais leur permettre d'aller jusqu'au bout. Cette fois, personne ne pourrait les déranger, Zyyol s'en était assuré. L'un d'eux mourrait ce soir, et son sang irait rougir l'herbe verte de la plaine. S'il venait.
Un bruit de bottes mit fin à ses doutes. Il se retourna pour faire face au Jedi. L'homme le dévisagea sans rien trahir de ses pensées - les Jedis et leur maîtrise émotionnelle ! -, mais Zyyol savait que son apparence était repoussante, au vu des critères humains. Mesurant à peine plus d'un mètre, le Sith avait la peau noire et creusée de rides profondes. Ses mains n'avaient que trois doigts et se terminaient par des ongles que l'on pouvait presque qualifier de griffes. En guise de chevelure, des tentacules luisants grouillaient sur son crâne, et ses yeux noirs - entièrement noirs - achevaient de lui donner l'air d'un monstre.
Pour Zyyol, l'humain était tout aussi repoussant. Sa ridicule peau rose, ses grands yeux bleus au regard bovin, et ses cheveux aux allures de botte de foin lui donnaient envie de vomir. Cependant, le Jedi était un jouet intéressant. Zyyol savourait déjà le combat à venir. Briser l'humain jusqu'à faire éclater ses barrières psychiques n'allait pas être facile, mais la satisfaction n'en serait que plus grande. Faire perdre à un Jedi son fameux self-control... un vieux rêve.
Zyyol décida qu'il était temps d'entamer le duel.
- Aandar, fit-il en dégainant son sabre laser. Je suis ravi que tu sois venu, j'avais crains que la peur ne t'ait retenu loin d'ici...
L'air vibra lorsque la lame de lumière rouge apparut. Un second bourdonnement prit naissance quand l'humain alluma son propre sabre. Une lame bleue, bien sûr.
Ils se toisèrent durant quelques instants, puis, alors que les ultimes rayons du soleil disparaissaient derrière les montagnes, Zyyol attaqua. Son coup fut paré par Aandar, et le duel commença. C'était un combat de volonté tout autant que de maîtrise du sabre laser. Les lames d'énergie tourbillonnaient et fendaient l'air avec un art calculé, vrombissant quand parfois elles frôlaient l'adversaire. Le bleu et le rouge se mêlaient, se repoussaient, s'affrontaient dans un éblouissant spectacle de lumière. Les décharges de Force pure que s'envoyaient les deux adversaires au coeur même de l'action témoignaient de la haine qu'ils se vouaient. Aucun des deux ne voulaient céder.
Soudain, leurs sabres se croisèrent dans un crépitement d'étincelles. Le Jedi tenta de faire plier Zyyol, sa taille supérieure lui conférant une meilleure position. Le sabre bleu s'approchait dangereusement du visage du Sith quand leurs yeux se rencontrèrent.
Tiens tiens... Il n'a plus tellement l'air de maîtriser ses émotions... réalisa Zyyol.
Il saisit l'occasion. Laissant échapper un petit rire, comme si la situation présente n'avait aucune importance pour lui, il déclara d'une voix amusée :
- Hé bien hé bien, serait-ce de la colère que je sens là chez toi ? Tu sais que cela mène au Côté Obscur, n'est-ce pas ?
Aandar serra les dents mais ne répondit rien.
- Et pourquoi es-tu en colère contre moi ? Oh, attends, ne dis rien, laisse moi deviner... Serait-ce à cause de ton Padawan ?
Les traits de l'humain se contractèrent et ses mains tremblèrent un bref instant. Ce fut suffisant pour permettre au Sith de reculer d'un bond. Poussant son avantage, Zyyol lui envoya une décharge d'énergie d'un geste vif. Aandar la contra, la déviant de son sabre. De justesse. Un sourire carnassier retroussa les lèvres de Zyyol. Bien, bien, bien. Le Jedi commençait à perdre pied. Il ne faudrait plus longtemps avant qu'il commette une erreur fatale.
- Considère que je t'ai rendu service, continua Zyyol d'une voix mesurée. Il était faible, il ne t'aurait jamais bien servi...
Il dût mettre un terme à son argumentation pour bloquer l'attaque furibonde de l'humain. Ha, il le sentait maintenant. La colère était en train de se changer en rage.
- Tu sais, il n'a même pas fait un geste pour se défendre... Peut-être parce que je l'ai surpris en l'attaquant de dos...
Les yeux d'Aandar s'écarquillèrent. Oh oui, définitivement de la rage... Zyyol esquiva le coup suivant, répliqua à son tour d'une parade tournoyant qui fit mouche. Son sabre avait entamé la tunique du Jedi, sans toutefois aller jusqu'à la chair.
- Tu l'as achevé comme un animal ! rugit l'humain, manifestement hors de lui.
Il attaqua de nouveau - de manière barbare, jugea Zyyol. Où étaient passés la grâce et le style du début ? Il n'eut aucun mal à parer la lame bleue. A présent, le Jedi enchaînait les assauts, sans marquer un seul temps mort.
Imprudent, imprudent... Oh, une si belle feinte, et si mal exécutée... Non, vraiment, on dirait un Padawan... Tiens, là j'aurai pu... Encore ce mouvement ? Cette fois...
Le laser rouge trancha proprement l'émetteur de lame du sabre du Jedi, et sa main avec. L'humain tomba à genoux en hurlant de douleur. Zyyol releva sa propre lame au-dessus de sa tête, dans un geste familier qu'il avait déjà accompli des milliers de fois.
- Un dernier mot ? offrit-il, magnanime.
- Sois maudit ! cracha Aandar, les yeux brillants de haine.
- Merci, c'est déjà fait, répliqua Zyyol.
Son sabre s'abattit dans un mouvement parfait, et la tête du Jedi roula sur l'herbe. Satisfait, le Sith éteignit son arme.
Aujourd'hui, c'est l'Ombre qui a gagné...
Il jeta un dernier regard en direction des montagnes, où le soleil avait disparu depuis longtemps. Puis il s'éloigna, songeant déjà à d'autres morts.
23 juin 2007
Le lac.
(Attention, ambiance morbide.)
Tzaraf regardait le soleil se lever. En face de lui, l'eau du lac se parait de reflets d'or qui lui rappelaient de cruels souvenirs. C'était comme si le lac avait décidé de le narguer, lui montrant à l'avance ce qu'il allait devoir affronter. Il était pourtant descendu au Cimetière de nombreuses fois, mais il ressentait toujours la même appréhension - la même rage mêlée de tristesse qui lui nouait les entrailles. Et voilà qu'il devait y retourner. Encore.
Ces temps-ci, le peuple des Amphibiens subissait de lourdes pertes : les membres de la tribu mouraient un par un, touchés par une maladie qu'on ne savait pas guérir. Cela commençait par un gonflement des ouïes, puis la peau prenait une teinte noirâtre et se desséchait, une phase de délire suivait, et finalement, la mort survenait après une longue agonie. Une véritable épidémie qui mettait en danger la survie de la tribu. Les morts se succédaient à un rythme effrayant, et si cela continuait, il ne resterait bientôt plus aucun Amphibien.
Tzaraf songeait à tout cela tandis qu'il contemplait la surface du lac. Il baissa les yeux. Le cadavre qu'il tenait dans ses bras lui semblait peser une tonne. La petite Amphibienne n'excédait pourtant pas les dix kilos. Elle n'avait pas vécu longtemps, à peine quelques mois. Les jeunes étaient particulièrement vulnérables à la maladie.
Tzaraf s'avança jusqu'à la taille dans le lac et se laissa couler. Les eaux fraîches se refermèrent sur lui. Il s'abandonna à la dérive quelques instants, puis déploya sa nageoire dorsale et mit le cap vers le fond du lac. Même si les circonstances n'étaient pas des plus favorables, il prenait plaisir à nager. Ouvrant ses ouïes, il inspira profondément pour goûter l'eau. Sa saveur légèrement amère l'enivra comme un alcool l'eût fait.
La lumière se fit plus rare tandis qu'il descendait vers les profondeurs. Il dilata ses pupilles pour mieux y voir et capta un reflet doré à la limite de son champ de vision. Il s'approcha. L'odeur de la mort l'assaillit alors qu'il arrivait au niveau du Cimetière. C'était l'endroit le plus profond du lac, mais aussi le plus important pour les Amphibiens.
Tzaraf détailla du regard les centaines de corps qui se balançaient au gré du courant, ondulant comme des feuilles poussés par le vent. Il y en avait tellement... songea l'Amphibien. Leur nombre avait doublé en l'espace de quelques mois. La maladie finirait par tous les emporter si on ne trouvait pas vite un remède.
Plus bas, Tzaraf distingua les arêtes découpées du Berceau. L'immense structure dorée tranchait sur l'atmosphère sombre du fond du lac - comme un joyau égaré dans ses profondeurs. Avec un soupir, Tzaraf sortit la corde d'algues tressées qu'il avait pris soin d'emporter, et fit un noeud autour de la cheville de la jeune Amphibienne, puis il empoigna l'autre extrémité et descendit vers le Berceau. Deux grandes anses se croisaient en son centre, découpant le bâtiment en quatre parties égales. Tzaraf s'approcha du cadran inférieur droit, comme il convenait pour les enfants en bas âge, et noua la corde autour de l'arceau doré. Elle se tendit alors qu'il la lâchait et se mit à onduler au rythme du courant, comme toutes les autres.
Désireux de ne pas s'attarder, Tzaraf remonta à la surface. Il émergea du lac avec une sensation de vide immense dans sa poitrine. Comme si on lui avait arraché le coeur.
- Tzaraf...
Il leva les yeux. Son frère se tenait à quelques mètres de lui, le regard voilé par la tristesse. Dans ses bras reposait le plus jeune de la tribu, un nouveau-né d'à peine trois jours. Tzaraf savait qu'il n'avait aucune chance de survie, mais il fut étonné de constater que c'était son frère qui se chargeait de la descente au Cimetière.
- Chess... Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il tout en craignant la réponse.
- Sa famille l'a précédé au fond du lac, répondit l'Amphibien, comme tu t'en doutes... Il n'y avait personne pour l'y porter, alors je me suis proposé. (Il avala difficilement sa salive et poursuivit :) Tu t'es déjà occupé de...
Tzaraf hocha la tête.
- Notre soeur appartient au Berceau, désormais.
Chess se mordit les lèvres pour retenir ses larmes.
- Qu'est-ce qu'on va faire, Tzaraf ? interrogea-t-il, la voix tremblante. Si ça continue, nous allons tous...
Un chagrin indicible se lisait dans les yeux de son jeune frère, et Tzaraf ne put que regretter le temps où seule la joie y était visible. Chess avait toujours été le plus joyeux de toute la famille... et parmi tous ses frères, celui que préférait Tzaraf. Le voir dans cet état lui fendait le coeur.
- Tu sais... continua l'Amphibien... c'est la première fois... que je descends au Berceau...
- Je vais t'accompagner, promit Tzaraf.
Reconnaissant, Chess lui offrit un sourire baigné de larmes.
Deux semaines plus tard, Tzaraf se tenait de nouveau sur les berges du lac, le cadavre de son frère dans les bras.
Il n'avait rien pu faire. Les membres de la tribu étaient morts les un après les autres, et il avait fallu les descendre au Berceau un par un, tandis que les survivants assistaient les mourants dans leur agonie. Tzaraf et Chess n'avaient pas cessé de faire des allers-retours du Berceau au village, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'eux deux. Ils avaient alors travaillé toute la nuit pour immerger les morts, et Chess s'était écroulé au matin. Tzaraf avait terminé les quelques immersions restantes, et avait gardé celle de Chess pour la fin.
A présent, il était debout au bord de l'eau, accablé de fatigue mais empli d'une détermination sans réserve. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, la maladie l'avait épargné, mais ça n'avait pas d'importance à ses yeux. La tristesse qui le rongeait valait toutes les maladies du monde. La révolte et la rage l'avaient déserté depuis longtemps, il ne parvenait même plus à se révolter contre le destin. Seul le chagrin résonnait encore dans son âme, puisant à des racines si profondes qu'il n'aurait pas pu les distinguer.
Il avait pris sa décision. Il entra dans le lac avec lenteur, puis s'immergea dans les eaux troubles. Il constata avec une amère ironie que le chemin jusqu'au Berceau n'avait plus aucun secret pour lui. Il connaissait tout les courants, tout les endroits où l'eau était calme, il anticipait même les plus légers changements de température.
Le Berceau l'attendait au fond, inchangé, presque intemporel. Seul variait le nombre d'Amphibiens au-dessus. La forêt des corps avait triplé en quelques semaines. Tzaraf dût se glisser entre les cordes d'algues afin de trouver une place pour Chess. Une fois que son frère eut rejoint la tribu dans son balancement au rythme du courant, Tzaraf s'autorisa à se détendre. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire. Il attrapa la deuxième corde qu'il avait prise avec lui et la noua solidement autour de sa cheville, puis accrocha l'autre extrémité à la barre dorée du Berceau.
Tzaraf relâcha tout ses muscles et laissa le courant l'amener à la hauteur des autres Amphibiens. Il se sentit flotter tandis qu'il ondulait au même rythme que toute la tribu. Il ferma les yeux et s'abandonna au Berceau. Là était sa place.
22 juin 2007
Whales of time.
(Le titre est en anglais, parce que déjà il était comme ça dans mon rêve, et ensuite parce qu'une fois traduit c'est moche et ça rend pas du tout l'idée. :p)
Les baleines l'entraînaient dans leur sillage. Il nageait parmi elles, sans se soucier du danger, allant parfois jusq'à frôler leurs corps de mastodontes. Il s'aggripa à une nageoire qui passait près de lui et se laissa porter. Il plongea sous l'eau en leur compagnie, oubliant tout le reste. Le chant des baleines résonnait dans tout son être. Lorsqu'il remonta à la surface, il se rendit compte qu'il était allé beaucoup trop loin.
Car à présent, il y avait deux soleils.
21 juin 2007
Benjamin, fin.
Il y eut du mouvement dans les rangs. Les dragons et leurs cavaliers s’écartèrent pour laisser passer l’un des leurs. Encore plus imposant que les autres Immortels, il chevauchait un immense dragon aux écailles dorées. Il n’avait pas de lance, mais une épée pendait à ses flancs. Il arrêta son dragon alors que sa gueule n’était qu’à quelques centimètres du visage du prince, qui s’efforçait de rester impassible. Il sentait le souffle chaud de l’haleine de la bête.
L’Immortel mit pied à terre et toisa Benjamin du regard. Le contact mental faillit le faire vaciller.
- NOUS ACCEPTONS. JE SERAI TON ADVERSAIRE.
La voix s’éteignit et il cligna des yeux pour chasser l’impression dévorante de vide. Il hocha la tête, dégaina son épée et se prépara à mourir. Le second choc mental fut totalement inattendu et cette fois il tomba à genoux.
- TU N’AS AUCUNE CHANCE, PETIT HOMME, AUSSI VAIS-JE RETIRER MON ARMURE.
La phrase était accompagnée d’images de son corps gisant à terre, horriblement mutilé, et de l’absolue certitude qu’avait l’Immortel de sa victoire. Benjamin savait que ce n’était pas une tentative pour l’effrayer : c’était leur mode normal de communication. L’Immortel restreignait volontairement sa puissance afin d’éviter de lui brûler l’esprit. Le jeune prince parvint à se relever, et observa son adversaire se défaire de son armure. Il garda la sienne, mais ce n’était pas pour conserver une protection - bien dérisoire, d’ailleurs - : il était simplement trop fatigué pour l’enlever.
Il réagit au son métallique de l’épée sortant du fourreau en se mettant en garde.
L’Immortel le salua, levant son arme au ciel d’un geste solennel. Benjamin avait envie d’éclater de rire. Que pourrait-il faire contre un tel adversaire ? L’Immortel le dépassait d’un bon mètre, et sa lame était elle-même de la taille du prince.
Il croisa le regard de son ennemi et fut submergé par ses émotions. Le contact n’était sans doute pas intentionnel, mais l’esprit de Benjamin ne put résister. Une rage incroyable l’envahit, sa vue se brouilla, il voulait voir le sang couler, sentir son odeur, plonger son épée dans la chair, déchiqueter, il voulait… il voulait tuer, tuer, tuer.
Sa lame jaillit, décrivant un arc de cercle parfait, dirigé vers le cou de l’Immortel. Elle fut bloquée à mi-chemin, et si vite qu’il ne vit rien venir, l’autre riposta. Sa joue la brûla là où la lame avait entamé la peau. Il se déplaça, cherchant un angle d’attaque. Sans le trouver. La garde de l’Immortel était parfaite, comme il fallait s’y attendre.
Il grimaça et, baissant les yeux, il s’aperçut qu’il avait reçu une blessure à la jambe. Une seconde plus tard, une bourrade dans le dos le jeta à terre. Il se releva, avec l’impression d’affronter l’armée des Immortels toute entière. Mais il ne faisait face qu’à un seul d’entre eux.
L’Immortel jouait avec lui, tel un chat avec une souris. Ses gestes étaient si vifs que Benjamin ne les voyaient même pas. Il ne pouvait rien faire et fut bientôt couvert d’entailles, son armure inutile lacérée de toute part, alors que son adversaire ne souffrait d’aucune blessure.
Vint le moment où il cessa d’essayer de riposter et se contenta de subir les assauts du géant. Il était au-delà de la douleur, au-delà de la révolte, au-delà de toute pensée cohérente. Seule l’image flamboyante d’une rune persistait dans son esprit.
L’Immortel le saisit soudain à la gorge et le souleva de terre. Il s’abîma dans les prunelles vertes piquetées d’or de son ennemi, sans se rendre compte qu’il suffoquait. Il sentit une lame froide se ficher dans sa poitrine, la douleur le transperça de part en part, puis l’Immortel le rejeta négligemment au sol. Durant sa chute, Benjamin crut entendre un cri perçant. Peut-être était-ce le sien.
Il roula sur lui-même, s’aperçut que ses ennemis le regardaient, impassibles. Ils voulaient le voir mourir. Tremblant, il leva une main pour toucher sa blessure. Lorsqu’il la ramena devant ses yeux, elle était toute ensanglantée. Un faible sourire se dessina sur ses lèvres, et avant que quiconque ne puisse l’arrêter, il posa sa main à terre, y traça la rune de Plume avec son propre sang et prononça le mot de pouvoir qui l’accompagnait.
Puis il mourut.
Et à la seconde même de sa mort, la rune, conçue pour tuer le responsable de sa mort, ainsi que tout ceux de sa race, s’activa. La magie royale opéra, implacable. Dans un immense râle de souffrance, les Immortels et leurs dragons, liés à eux par l’esprit, s’écroulèrent, foudroyés. Les corps firent trembler la terre en s’effondrant tous au même instant. L’incroyable s’était produit. Les Immortels étaient morts.
Les paysans approchaient en courant, Héria à leur tête, n’osant en croire leurs yeux. La jeune fille s’agenouilla au-dessus du corps du prince et pleura sans retenue celui qu’elle aimait. Benjamin reposait dos contre terre, fixant le ciel serein sans le voir. Désormais, nul dragon ne le souillerait de ses ailes. Nul ennemi ne foulerait la terre de son royaume. Nul paysan n’aurait à mourir. Le jeune prince souriait. Il avait tenu sa promesse.
Portrait chinois.
Pour en savoir un peu plus sur moi. :p
Si j'étais....
Une fleur : Une edelweiss (c'est blanc, c'est doux, et c'est rare, de là à faire un rapprochement... :p)
Une couleur : Bleu bien sûr.
Un animal : Le loup, incarnation parfaite de la liberté sauvage.
Un vêtement : Booarf... un truc pratique qui soit pas trop moche, c'est tout ce que je demande.
Un bijou : Une bague en argent torsadée.
Un pays : Le Canada, si j'étais pas née en France j'aurais aimé être née là-bas.
Un mois : Juin.
Un jour de la semaine : Mercredi. :D
Un livre : Oula dur de choisir... bon disons la série de l'Assassin Royal. :p
Un film : Danse avec les loups.
Un des quatre éléments : L'Air, sans hésiter. Le plus volatile de tous (forcément !).
Une saison : L'automne, c'est la saison la plus colorée.
Une planète : Neptune, pour sa couleur bleue.
Un tatouage : Un dragon sur l'épaule. x)
Un mot : Vivre, tout simplement.
Un métal : L'argent.
Une voiture : Quoi, une voiture ?! Naaaaaaaaaaaaon. A la limite une qui fonctionne à l'énerge solaire, et encore...
Un parfum de glace : Vanilleeeuuuh.
Une boisson : Du cidre !
Un jeu : Colin-maillard (pas sûre de l'orthographe par contre)
Un adjectif : Mystérieuse.
Un verbe : Dormir (et rêver, tant qu'on y est)
Un objet : Une brosse à cheveux.
Une peur : Arachnophobie. Je sais, c'est courant. :p
Un symbole : Le yin et le yang. Ou alors une balance, quelque chose qui symbolise l'équilibre quoi.
Une passion : Bah... écrire. O_o
Une lettre : Le E, le M, et le W, parce que c'est la même lettre qu'on a juste changé de sens.
Une citation : 'Rien ne sert de courir... non, ça ne sert à rien'. C'est de qui par contre ? :x
Une heure : Midi. Miam, l'heure de manger.
Un nombre : 42. La réponse est 42.
Un moyen de transport : Un cheval. :p
Un sport : Le tir à l'arc.
Une arme : Une dague.
Une qualité : La gentillesse ?
Un défaut : La timidité. :/
Un aliment : La patate. Je voue un culte à la patate.
Une activité : Ecrire. (encore ?)
Un lieu : Une plaine enneigée quelque part dans le monde. (ça vous laisse le choix !)
Un pouvoir magique : Faire pleuvoir à volonté. \o/
Un métier : Glandeuse. Comment ça c'est pas un métier ? Mais si...
10 juin 2007
Darklight days.
Ça claque comme titre non ? Ça sort tout droit de mon rêve de ce matin. J'étais derrière chez moi, en plein milieu d'un stade, et des gens célébraient les 'Darklight Days'. Je revois encore les immenses lettres lumineuses, rouges et bleues, allumées pour l'occasion. Ça avait l'air d'être un évènement d'envergure.
Me demandez pas ce que ça veut dire, j'en ai pas le moindre idée : il y a longtemps que j'ai renoncé à comprendre mes rêves. Mais je trouve que ça décrit plutôt bien la période que je traverse. Dark and light, brumeux et en même temps extrêmement clairs, à la frontière du rêve et de la réalité. Non, je ne me drogue pas. :p Enfin, pas aux drogues conventionnelles. C'est juste que mes rêves prennent de plus en plus de place dans ma vie ces temps-ci. Je ne sais pas si vous avez déjà expérimenté ça, mais parfois j'ai l'impression que mon rêve était réel. Par exemple, ce matin, on m'a tiré dessus dans mon rêve, à bout portant et en plein dans la tête, hé bien en me réveillant je sentais encore la balle dans mon crâne (oui c'est glauque). J'ai plein d'autres exemples, mais je veux pas vous effrayer donc je vais m'arrêter là. :p
La suite au prochain numéro.
Un peu de musique.
http://www.radioblogclub.fr/open/81058/dark_light/05-h.i.m-dark_light
Si les liens marchent...
Benjamin, re-suite.
Il prit le chemin de la tour est, étonné que la vie soit si simple. Plume l’attendait au sommet.
- Alors, n’avais-je pas raison ? miaula-t-il alors que Benjamin franchissait la porte. Nous sommes seuls.
- Pas exactement, corrigea le prince. Il y a quelques paysans qui ont décidé d’attaquer au crépuscule.
- Voilà quelque chose que je n’avais pas vu ! s’étonna le chat. Quel rôle vont-ils jouer… ?
- Hé bien, ils vont mourir, et moi aussi.
- Quel optimisme ! railla Plume.
- C’est la vérité, dit simplement Benjamin. Admets-le. Tu as vu ma mort, non ?
Le chat agita ses moustaches.
- Rien n’est écrit, mon prince… l’avenir est en mouvement.
- Et tu recommences à éviter le sujet… lui reprocha Benjamin. Mais ce n’est pas grave, je ne t’en veux pas. Pourquoi voulais-tu me voir, au fait ?
- Je me suis laissé dire que tu excellais en magie runique, ronronna le chat.
- Exceller est peut-être un peu au-dessus de la réalité. Disons que je suis assez bon.
- Mmh. Hé bien, ça devrait suffire, du moins je l’espère.
Plume sortit une griffe et traça une rune sur une des pierres du sol. Lorsqu’il eut achevé le dessin, Benjamin bondit sur ses pieds. Il examina la rune, puis posa un regard stupéfait sur le chat, avant de revenir à la rune, puis enfin à Plume.
- Tu sais ce que cette rune signifie ? Tu sais ce qu’elle est censé faire ?
Dans sa voix l’étonnement le disputait à l’incrédulité.
- Evidemment, c’est moi qui l’ai inventé, dit le chat.
Benjamin riva son regard sur le félin, qui le lui rendit avec le plus grand sérieux.
- Tu comprends, maintenant, mon prince ? Non, pas mon prince. Mon roi.
Les jambes de Benjamin vacillèrent, mais il réussit à se tenir debout.
- Oui, souffla-t-il. Oui, je comprends. Je ferai mon devoir.
Benjamin termina de seller sa monture et jeta un coup d’œil au soleil. Il lui restait quelques heures pour rejoindre les paysans. Monté sur son cheval noir, il sortit au trot de l’enceinte du château, puis adopta un petit galop bien cadencé. Il avait décidé de ne penser à rien, afin de savourer les derniers cadeaux que la vie lui offrait. Le murmure du vent dans les arbres, le choc sourd des sabots sur la terre, le sifflement de l’air à ses oreilles, l’odeur de pluie, tout lui semblait plus vif, et il regrettait de n’avoir pas pris le temps de les apprécier auparavant.
Il retint une grimace. C’était maintenant, alors qu’il savait qu’il allait mourir, qu’il se rendait compte à quel point il appréciait la vie. Pourtant, il n’envisagea pas une seule seconde de faire demi-tour.
Alors que l’après midi avançait, il rattrapa la jeune paysanne, qui était partie à pied. Elle ne cacha pas son étonnement et il comprit qu’elle ne l’avait pas cru lorsqu’il avait affirmé qu’il viendrait. Ils continuèrent au pas, la jeune fille chevauchant la monture princière alors que Benjamin la menait par la bride. Ils échangèrent peu de mots durant le trajet, plongés dans leurs pensées.
Ils arrivèrent au village alors que le soir tombait. Benjamin se sentit infiniment coupable face à la déception des paysans qui attendait une armée. C’était avec l’espoir au cœur qu’ils avaient envoyé Heria au château, et voilà qu’elle revenait avec un homme à peine adulte. Malgré tout, ils offrirent à Benjamin un repas plus qu’honorable. Alors qu’il se restaurait en compagnie d’Heria, il s’informa :
- Est-ce qu’ils ont un plan ?
- Mourir, répliqua la jeune fille avec amertume. Voilà notre plan. Mourir et en emporter le plus possible avec nous.
- Tu penses donc qu’on peut les tuer ?
Héria eut un haussement d’épaules fataliste.
- On ne le saura jamais si on essaye pas.
Ils restèrent silencieux quelques instants, puis elle fit remarquer :
- Maintenant, tu connais mon nom, mais moi, je ne sais toujours pas comment s’appelle mon mystérieux sauveur.
Benjamin eut un infime temps d’hésitation, puis :
- Orian.
Après tout, il ne mentait pas, même si très peu de personnes le connaissaient sous ce nom-là. Pour le peuple, le troisième prince se nommait Benjamin.
- Ca sonne bien, apprécia Héria.
Elle le regarda avec un petit sourire et il eut l’impression qu’elle n’était pas dupe. Un paysan les interrompit dans leur repas pour leur annoncer que le soleil se couchait. Il était temps. Ils se rassemblèrent au pied d’une colline, dans la lumière déclinante, petit groupe d’hommes munie de fourches, de râteaux, de couteaux de cuisine et autres armes de fortune. Seul Benjamin possédait une épée.
Il se tenait sur son cheval, parcourant du regard son armée. Elle était désordonnée, elle était inexpérimentée, elle tremblait de peur. Elle était réduite : ils étaient tout au plus une cinquantaine. Il y avait des femmes. Et même quelques enfants. Mais c’était son armée. Son peuple. Il ne pouvait la renier, pas plus qu’il n’aurait pu renier sa propre vie.
Les paysans lui avaient confié d’un commun accord la direction des opérations ; il soupçonnait Héria d’avoir révélé son identité pour lui obtenir le commandement, mais c’était bien le moindre de ses soucis. Se raclant la gorge, il cherchait ses idées pour la traditionnelle harangue.
Pour finir, il se lança, sans même savoir ce qu’il allait dire, ni comment il allait le dire. Les mots jaillirent de sa bouche comme un fleuve en crue :
- Je sais ce que vous voulez m’entendre dire. Vous voulez m’entendre dire que tout ira bien. Que même si le combat sera dur, nous allons triompher. Que les pertes seront lourdes, mais qu’elles ne seront pas inutiles. Mais ce sont des mensonges. Vous voulez m’entendre dire que les poètes se souviendront de notre sacrifice. Qu’ils honoreront notre mémoire. Que les prochaines générations chanteront nos louanges. Mais ça aussi, ce sont des mensonges. La vérité, c’est que… nous avons choisi notre destin. Nous avons choisi de nous battre, en sachant que seule la mort nous attends. Je ne vous bercerai pas d’illusions, et je refuse de vous mentir. Il n’y a aucun espoir. Mais nous nous battrons, parce que nous refusons de subir. Nous mourrons, mais nous mourrons les armes à la main, en braves.
Benjamin s’arrêta aussi brusquement qu’il avait commencé, presque étonné de la justesse de ses propres paroles. Une ovation chassa le silence, clameur montant de la gorge d’hommes, de femmes et d’enfants qui se savaient condamnés. Benjamin échangea un regard avec Héria et sentit un sourire naître sur ses lèvres. Puis il fit volter son cheval et monta à l’assaut de la colline, suivi par les paysans.
Au sommet, ils purent contempler la Légion des Immortels. Et si l’un d’entre eux nourrissait encore de l’espoir, cette vision le chassa définitivement. Même les légendes qui les mentionnaient, pourtant nombreuses et détaillées, n’auraient pu les préparer à ça.
La Légion des Immortels portait bien son nom. Innombrable, elle couvrait toute la plaine, aussi loin que portait le regard. Elle avançait lentement, détruisant méthodiquement tout ce qu’elle croisait. Benjamin vit un arbre s’enflammer de lui-même et devenir cendres en quelques instants seulement.
Les armures des Immortels étincelaient dans les derniers rayons du couchant qui les teintaient de pourpre et d’or. Ils étaient tous identiques, portant une immense lance dans leur main, chevauchant des dragons argentés. Les monstrueux bestiaux obéissaient docilement à leurs maîtres.
Etrangement, Benjamin les trouva beaux. D’une beauté mortelle, mais incontestablement beaux. Ils étaient parfaits. Comment des créatures aussi belles pouvaient-elles sciemment semer la destruction ?
- C’est terrible à dire, mais c’est magnifique.
Benjamin n’avait même pas entendu Héria s’approcher. Il se tourna vers elle et répondit avec un sourire entendu :
- En effet, c’est magnifique.
Héria comprit qu’il ne parlait pas des Immortels et rosit. Benjamin se pencha, posa la main sur la joue de la jeune fille et murmura :
- Comme j’aurais aimé que les circonstances soient différentes…
- Moi aussi… mon prince…
Héria leva la tête, Benjamin baissa la sienne, et leurs lèvres se touchèrent. Ils s’abandonnèrent un instant à la douceur du baiser. Le silence était total. Enfin ils rompirent leur étreinte.
- A défaut d’avoir vécu ensemble, nous mourrons ensemble, ironisa Héria.
Le cœur serré, Benjamin fit alors la chose la plus égoïste de toute sa jeune existence. Il se servit de l’affection que la jeune fille lui portait pour la maintenir à l’écart.
- Héria… j’ai une idée… une sorte de plan si l’on peut dire… Mais pour que je puisse le mener à bien, il faut que vous restiez à l’écart.
- Quoi ? Tu ne peux pas nous demander ça ! Me demander ça !
- Laisse moi essayer, s’il te plaît, lui demanda-t-il. Si je meurs, vous serez libres de combattre - ou de vous enfuir.
- Mais enfin tu sais très bien…
- S’il te plaît, répéta-t-il.
La jeune fille baissa la tête, vaincue.
- Très bien.
Benjamin fit avancer son cheval de quelques pas vers l’immense armée, puis se retourna pour ajouter :
- Promets-moi de ne pas intervenir, quoi qu’il arrive.
- Je…
- Promets-moi, insista le prince.
- Je te promets de ne pas intervenir… quoi qu’il arrive, articula la jeune fille, les yeux brillants.
- Bien.
Elle le regarda descendre la colline, droit vers les Immortels. Benjamin allait sans hâte, conscient qu’ils pouvaient le tuer à chaque instant. On les disait doués de pouvoirs psychiques hors du commun, et il savait que l’esprit pouvait ôter la vie aussi sûrement que le métal. Mais il était toujours en vie et n’était plus qu’à quelques centaines de mètres de ses ennemis. Peut-être qu’ils étaient curieux de savoir qui était ce fou qui osait les défier… ou peut-être qu’ils n’avaient même pas remarqué sa présence, et qu’ils allaient le piétiner, ou le réduire en cendres aussi négligemment qu’ils l’avaient fait pour l’arbre. Il décida qu’il préférait ne pas savoir.
Le temps s’écoulait lentement alors que la distance qui le séparait des Immortels se réduisait petit à petit. Il n’osait pas regarder en ailleurs, de peur de s’apercevoir qu’Héria l’avait suivi.
Alors il continua à avancer, pressant sa monture de temps à autre, fixant un point indéfini au-delà de la masse de la Légion. Il abandonna son cheval à mi-chemin, la pauvre bête était bien trop effrayée pour continuer. Et enfin il fut devant eux.
Les Immortels s’arrêtèrent à quatre mètres, cinq tout au plus, du prince Benjamin. Ils s’observèrent mutuellement durant un moment indéterminé, et Benjamin put constater jusqu’où allait leur perfection. Leurs corps étaient l’exemple même de la proportion et de la mesure, allié à une finesse et une pureté qui outrepassaient, aux yeux de Benjamin, le concept même de beauté. Un dieu n’avait rien à leur envier. Et c’était peut-être bien ce qu’ils étaient. Des dieux. Pouvait-on tuer un dieu ?
Mais Benjamin refusa de s’engager dans cette voie-là. Il était de toute façon trop tard pour reculer. Il prit son souffle et se jeta à l’eau :
- Je réclame un duel avec l’un d’entre vous !
14 mai 2007
Update.
Parce que c'est plus classe que mise à jour quand même. En jetant un coup d'oeil aux recherches Google, y a quand même des gens cherchant un serveur de Daoc gratuit qui arrivent ici. C'est bien, mon site n'est pas complètement inutile. :p Mise à jour du lien, donc : http://forum.amtenael.com/
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