22 janvier 2007
FeuleTonnerre.
Rêve d’une blancheur à la pureté intense
Striée de bandes noires qui scandent l’éternité,
Flèche de vif-argent entamant une danse
De mort. Les ombres de ses grands yeux bleu glacés
Sont remplies d’étincelles. Il s’élance au combat
Et puis d’un unique bond cloue au sol sa proie.
Ses dix griffes acérées chantent sur le canevas
De la peau de la bête. Le sang coule jusqu’à moi.
Noir et blanc sont mêlés, le rouge les unit.
Le tigre a chassé la panthère dans la nuit.
20 décembre 2006
Je suis...
Je suis l'hallucinée de la forêt des Songes.
Eparpillé fantôme des miroirs brisés
Phénix flamboyant qui danse dans la tempête
Nuage qui se perd au fin fond des étés
Cri strident coloré lancé par une mouette.
Et partout et toujours liberté qui se joue
Un seul coup de dé abolissant la mort
Rouge sang destinée de la branche de houx
Et l'argent de tes plumes au soleil qui se dore.
Je suis l'hallucinée de la forêt des Songes.
Le vent charriant les étincelles de brume
La mer qui se lève à l'assaut de la côte
Et retombe aussitôt dans l'abîme noir de lune
Mugissant l'horizon de sa voix la plus haute.
Libre à toi de me croire, libre à toi de rêver
Créature de cristal qui hurle dans la nuit
Pourchassant les chimères de vos vaines pensées
Et leur brisant le cou maintenant et ici.
Que cherches-tu
ici toi ô si pragmatique ?
Penses-tu que le
monde ne soit qu'une équation ?
Retourne donc à
ta science, tes maths et ta logique,
Et laisse moi mes
rêves et l'imagination.
19 octobre 2006
Arrête-toi.
Puisque nous sommes, hommes, condamnés à mourir,
Transformés sans retour en poussière et en boue,
Puisque le chant d'argent de la vie doit finir,
Se déversant comme l'onde dans l'universel tout,
Arrête-toi.
Puisque le doute mets fin aux sinistres espoirs,
Nous laissant échoués comme poissons sur la grève,
Puisqu'à la lumière ne succède que le noir,
Écrasant de sa botte le pur monde des rêves,
Arrête-toi.
Puisque les étincelles de braise tourbillonnantes
Ne sont que les cendres du feu déjà éteint,
Puisque les vagues azures de la mer attirante
Ne sont que des pièges pour imprudents marins,
Arrête-toi.
Puisque l'on naît pour être dans un tombeau obscur,
Perdant nos ailes si tôt qu'on les oublie trop vite,
Puisque personne ne sait où s'arrête le mur,
Le mur qui s'écroule sous la peur construite,
Arrête-toi.
Puisque nulle pierre précieuse ne peut acheter la mort,
Et détourner ses yeux de notre âme tremblante,
Puisque rien non plus ne peut sauver le corps,
Destiné à nourrir la terre toujours vivante,
Arrête-toi.
Puisque notre départ ne change rien au monde,
Puisque nous ne manquons pas au soleil qui luit,
Puisque la fin est proche, ô cette fin si sombre,
Puisqu'il n'y a en fait que le seul aujourd'hui,
Arrête-toi.
Arrête-toi et bois ce vin
Ce vin divin et enivrant,
Verre dans ta main, vin du demain,
Bois-le comme l'on boit le sang.
Arrête-toi, savoure l'instant,
Mort immanente si proche de toi,
Oublie-la vite, oui, oublie-la,
Et vis ainsi dans le moment.
Arrête-toi.
06 octobre 2006
Falaises.
L'esprit large ouvert aux vents de la falaise,
J'écoute chanter la mer sur les rochers.
Orbe flamboyante du soleil de braise,
Voûte d'argent bordée d'écume frangée.
Qui suis-je donc pour m'opposer à la nature ?
Rien qu'un peu de boue et de poussière.
Les fleurs orneront ma froide sépulture
Bien avant que ne meure l'univers.
Mourra-t-il un jour, ce géant de l'être ?
Ces lointaines étoiles de gaz enflammé
Une seule fois baisseront-elles la tête
Face au sombre spectre venu les faucher ?
Le doute m'étreint, moi qui ne suis rien.
Nature, Nature, ne connais-tu pas
Peine,
souffrance, colère, haine, fiel, chagrin ?
Non, répondent les vagues, rien de tout cela.
Nous sommes seulement un ample mouvement
Qui va et qui vient, identique refrain.
Éternelle musique, inlassable chant,
Rien ni personne, jamais, ne nous atteind.
Alors je soupire, laisse tomber mes mains,
Mon regard se perds, dérivant au loin.
Le soleil s'enfonce dans la mer de l'Un.
Et tout disparaît, reviendra demain.
29 septembre 2006
Si tu peux...
Si tu peux soutenir l'or vif du soleil,
Sans te brûler les yeux à ses rayons sanglants,
Si tu peux arracher l'aiguille blanche et vermeille,
Sans prêter attention au long fleuve du temps,
Si tu peux décrocher la lune du ciel sombre
Et la faire plonger dans l'abîme bouillonnant
Pour enfin la noyer chatoyante dans les ombres,
Sans lâcher une larme à la vue de son sang,
Si tu peux effeuiller une à une les fleurs,
Sans penser un instant à leur douleur muette,
Si tu peux voir passer une à une les heures,
Sans vouloir un instant que l'une d'entre elles s'arrête,
Si tu peux embrasser le monde d'un seul regard,
Et le considérer comme l'erreur qu'il est,
Si tu peux écarter les nuages du miroir,
Et voir la vérité sans avoir de regrets,
Si tu peux regarder l'océan sans pleurer,
Les couchers de soleil sans pousser un soupir,
Si tu peux écouter le vent sans t'agiter,
Le doux chant des oiseaux sans éclat de rire,
Alors meurs sans regrets, tu ne manqueras pas au Monde.
22 septembre 2006
Le lac.
Sais-tu ce que cache le lac aux eaux profondes
Et noires et tranquilles ? Le sais-tu mon enfant ?
Que dissimulent-elles donc, ces concentriques ondes ?
Est-ce la paix, le calme, le silence, le temps ?
Ou bien est-ce un trésor brillant de mille feux
D'or et d'argent mêlés reposant sur le fond ?
Est-ce la nue, retenue captive en ces lieux
S'efforçant constamment de fuir le limon ?
Ou encore le secret de l'immortalité
Qu'ont jalousement cherché tant d'hommes et de femmes
Remuant ciel et terre sans jamais le trouver ?
Un seul regard vers lui, il reflète mon âme.
Je sais ce que cache le lac aux eaux profondes
Et noires et tranquilles : rien d'autre que le monde.
18 septembre 2006
La mort de Sandhor.
Les clochettes d'argent tintinnabulèrent.
L'Elfe projeté aux pieds du chef de guerre
Releva la tête, défiant du regard
Le fier guerrier orc tout vêtu de noir.
Dans ses yeux émeraudes, les nuées de rage
Avaient laissé place au chant du courage.
Douze petites clochettes jetaient leur brillant
Dans ses cheveux blonds, se mêlaient au sang.
Preuves incontestables, mais non moins fatales,
De sa légitime ascendance royale.
L'orc lui demanda avec un sourire,
De quelle manière il souhaitait mourir.
L'Elfe lui répondit d'une voix très calme :
'Que seule la vieillesse emporte mon âme'.
Alors que tout le monde éclatait de rire,
Il bondit soudain, au mépris du pire.
Et d'un geste vif, saisissant sa chance,
Ses agiles mains trouvèrent la lance
Du grand orc armé juste derrière lui,
Qui pour réagir, fut bien trop surpris.
Arrachant la lame aux doigts du brigand,
Il la retourna dans le même mouvement.
Projetée avec force sur une proie de choix,
La lance s'enfonça dans le crâne du roi.
Un craquement sec, le sang s'écoula.
L'orc avait perdu son dernier combat.
Sourire esquissé de l'Elfe épuisé,
Perdu pour perdu, toujours ça de gagné.
Fiel et miel mêlé en un soleil d'or,
Amère la victoire, glorieuse la mort.
Telles sont les pensées de l'Elfe princier.
Ne reste qu'un acte : mourir en guerrier.
Mais il ne vit pas la lame arriver,
Et mordre son cou, et puis continuer.
Sifflement perçant, gouttes de sang dans l'air.
Les clochettes d'argent tintinnabulèrent.